Avignon 2014 – Jour 09 – Lied Ballet

Avignon 2014_Jour 09 - Lied Ballet

Ballet mortuaire

L’auteur s’excuse de la brève et incomplète chronique qui suit : les conditions qui ont causé l’interruption de Lied Ballet persistent à faire penser que le Festival d’Avignon 2014 subit une étrange malédiction, et il n’a pas pu, même en mobilisant toute l’honnêteté et l’esprit critique qu’il tente, depuis le début de ce Festival, de mettre en mouvement, produire un jugement élaboré et étayé. On ne peut pas, en effet, se permettre d’analyser une œuvre dont on ne connaît que le quart. Face à ce manque terrible, il a tout de même voulu, en accord avec l’équipe de Carnet d’Art, parler rapidement de ce qu’il a vu. Cela permettra au moins à ceux qui prévoient de se rendre à une des dates de la prochaine tournée nationale de Lied Ballet (pour ces dates, voir sur le site internet du Festival d’Avignon), de finir de les convaincre d’y aller, voire, espérons-le, de les allécher.

Décidément, le sort est bien cruel, et il continue de le prouver : hier soir, dans la poétique stature du Cloîtres des Carmes, dans la sibylline distinction de ses arcades, le ciel a encore jeté son maléfice. Lied Ballet, de Thomas Lebrun, qui s’y jouait pour la dernière fois cette année, a été interrompu par deux fois (la première au bout de vingt minutes, puis, après le nettoyage du plateau, les danseurs ont recommencé depuis son début la chorégraphie, pour s’arrêter au même endroit, définitivement cette fois-ci) à cause d’une petite pluie mesquine qui a rendu impossible la tenue intégrale du ballet. Une pluie minuscule, discrète, inconséquente, mais agaçante, et surtout continue, dont la persévérance a fini par décourager, après une heure d’attente inquiète, tout le monde.

Qu’avons-nous vu de Lied Ballet ? Quasiment rien, et deux fois la même chose. Mais cette entame laissait augurer quelque magnifique ballet mortuaire. Sept danseurs et danseuses, vêtus de noir, entrent sur scène sur une musique crissant des plages d’harmonies macabres. Mélangeant la danse classique et la danse contemporaine, l’introduction de Lied Ballet se déroule comme une pantomime de funérailles, aux mouvements tour à tour gracieux et saccadés, aux grimaces d’outre-mort, aux postures de vautour ou de cadavre, aux entrechocs écroulés et aux rires diaboliques. Ces premières lancées, entre corps debout et corps allongés, entre attitudes violentées et visages horrifiés, entre amours vicieuses et rejets fusés, annonçaient, ainsi, la première grosse secousse chorégraphique de ce Festival d’Avignon. Ceux qui ont pu voir Lied Ballet en entier les jours précédents l’affirment : Thomas Lebrun assoit dans le Cloître des Carmes une magie mouvementée de haute tenue, accompagnée de grands morceaux musicaux et d’un ténor foudroyant. Nous ne pourrons, hélas, pas le confirmer, même si, d’après ce que le ciel nous a autorisé à en voir, nous le croyons sans retenue.

Lied Ballet, chorégraphie Thomas Lebrun, création musicale David François Moreau, musique Alban Berg, Gustav Mahler, Arnold Schönberg, Franz Schubert, lumière Jean-Marc Serre, son Mélodie Souquet, costumes Jeanne Guellaff, avec Benjamin Alunni (ténor), Thomas Besnard (piano),Maxime Camo, Anthony Cazaux, Raphaël Cottin, Anne-Emmanuelle Deroo, Tatiana Julien, Anne-Sophie Lancelin, Matthieu Patarozzi, Léa Scher.

Prochaine date : aucune au Festival d’Avignon. 1h10.

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Jean Belmontet

Rédacteur / Auteur

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