Calixte

Calixte - Arnaud Idelon

C’est comme un oiseau qui vole en travers
D’un été cuisant tordu d’incendie,
C’est comme une étoile en pleins cieux ouverts
Couvrant de sa flamme un coeur qui mendie,

C’est comme un vent d’est aérant l’humeur
D’un après-midi souillé par l’angoisse,
C’est comme un baiser soignant la tumeur
Qui depuis mille ans ronge ma carcasse,

C’est comme une eau douce où nage en riant
La sirène folle aux yeux teints de bronze,
C’est comme un éclat du feu d’Orient
Dont l’ombre rougeoie aux pieds du bonze,

C’est comme un sourire affecté d’effroi
Qui, à ton retour, soudain, se déniaise,
C’est comme une braise au milieu du froid,
Et comme un glaçon dans une fournaise.

C’est ta tête en joie aperçue au bord
De ma fenêtre ; et c’est ton cou si svelte
Qui surgit, fumant, dédaigneux, fou, fort,
Cagneux, germanique, archangé et celte.

C’est toi qui reviens de l’Éternité,
C’est mon souvenir qui se désaltère,
C’est l’amour soudain, longtemps évité,
Qui jette à l’entraille un morceau d’haltère.

C’est ta main posée auprès de ma main,
C’est tout un passé fracassant la tête
Dont l’odeur de vin, de peau, de jasmin,
Jaillit comme un fleuve en pleine tempête.

C’est enfin, ta bouche, où meurt un refrain,
Où danse un désir, où l’Enfer tressaille,
Qui m’a dit tout bas – Ô mots que l’on craint !,
« Dix ans ont passé. Faisons retrouvaille. »

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Jean Belmontet

Rédacteur / Auteur

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