Les affaires sont les affaires

Une satire sociale pour le plaisir ?

Vous aimez Molière ? Vous raffolez de ses docteurs, de ses bourgeoises et de toute sa valetaille ? Autre temps autres mœurs, le monstre à la mode s’appelle « brasseur d’affaire » mais les ficelles sont les mêmes – petite recette :

  1. Prenez un tyran domestique désormais capitaliste flamboyant, l’éternel connard qu’on aime quand même, avec sa grosse voix qui fleure le soleil, tonne comme l’orage ou réchauffe comme du miel. Un monstre, mais le genre qui réussit dans la vie.
  2. Flanquez-le d’une épouse qui s’étiole dans sa cage conjugale, dépassée par le faste nouveau riche où l’entraine son héros de mari, incapable de se faire entendre, incapable de parler, et tout de même un peu hystérique – Woody Allen en serait ravi.
  3. Histoire de pimenter la chose, ajoutez une descendance complexe : le fils prodigue, divin chouchou, beau comme un diable, dispendieux, irresponsable et obséquieux, et la fille révoltée, Antigone de salon entichée du prolo de l’histoire, embauché par Papa, évidemment.
  4. Agrémentez de quelques rapaces, les jeunes loups aux dents longues et aux cerveaux étroits, l’aristocrate désargenté, indigne et hautain ; laissez reposer une heure ou deux… tout le monde déguste.

Vous aussi d’ailleurs, du pire et du meilleur.

Vous dégustez lorsque les comédiens piétinent, lorsqu’ils bazardent leur texte vitesse grand V sans laisser aux mots l’espace de résonner, sans laisser le temps au silence et aux gestes de leur donner tout leur sens, lorsqu’une réplique passionnée meurt dans un corps étreint sans conviction. Mais vous savourez ces instants magiques, où la voix se casse sans prévenir pour trahir une émotion qui tardait à poindre, où le mouvement soudain s’assume et ce bras-ci n’est plus ballant de la même manière. Quel plaisir !

Deux heures passent : des rires, parfois purs et sonores, d’autre fois grinçants et renfrognés, des pincements et pourquoi pas des larmes si la magie opère. De l’autre côté du quatrième mur, sous son double portique Louis XIV – pur décor – l’oligarchie alors naissante subit sa dissection théâtrale.

Deux heures sont passées, dehors ça discute, ça complimente et ça critique. Un peu de comique de mœurs avec le bon climat social ça peut provoquer des rougeurs. Et Isidore Lechat – le rôle principal, ce fameux « brasseur d’affaire » – était aussi fascinant que terrible, tenu d’un bout à l’autre de la pièce avec une énergie renversante.

En fin de compte l’histoire vous la connaissez, les personnages aussi, mais n’est-ce pas souvent le cas lorsque vous allez au théâtre ? Ces défauts que vous trouvez au jeu des comédiens, ne seraient-ils pas plutôt les traits justes de personnages qui vous insupportent ?  Et si c’était vous, avec votre jugement qui tranche et vos réponses préparées pour les autres, Isidore Lechat ? Ce soir encore les masques tombent et ressurgissent, mais rassurez-vous, un siècle plus tard, on en rit toujours.

Représentations du 01 au 26 mars et du 03 au 07 mai au Théâtre des Céléstins, Lyon.

© Image à la Une : Gérard DuBois.

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2 Comments

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    Bonjour !
    nous n’avons pas vu les mêmes pièces: Les affaires sont les affaires. Pièce ennuyeuse -nous étions plusieurs a être tentés de partir avant la fin: construire tout un argument sur un héros négatif? Tout le monde n’est pas Shakespeare inventant un Richard III ! Forme de snobisme pour une metteuse en scène de nous dire « je vous ai déniché une pièce oubliée extraordinaire »? Elle aurait mieux fait de la laisser dans les limbes du répertoire.
    Les fourberies de Scapin: que je sache, un comédien doit porter le texte, or hier soir j’ai entendu des comédiens criailler un texte le rendant aux trois quarts incompréhensible. Ma compagne, connaissant moins que moi Scapin, n’a quasi rien compris à l’intrigue. Le pompon allant à Zerbinette dans le registre suraigu. Même Lavant, confondant comedia dell’arte et gesticulation nous vrillait les tympans rendant inaudible la moitié de ses répliques. Bref, l’an dernier nous tentions vainement de capter les répliques de Phédre où les comédiens chuchotaient leur texte et cette fois, les boules quies nous manquaient… J’ai applaudi aux Celestins des spectacles aussi variés que Jacqueline Maillan ou Renaut-Barrault : Ô tempora, ô mores…

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    post scriptum:
    vu à Villefranche l’an dernier:
    https://www.youtube.com/watch?v=PLvM755mvGE

    là c’est du théâtre: pétillant, inventif, drôle ET ON COMPRENAIT CHAQUE MOT DE CHAQUE RÉPLIQUE !

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