Barbarians

Une trilogie confuse.

Après Sun, Hofesh Shechter signe une création pour le Festival d’Avignon, Barbarians. Ce spectacle décomposé en trois volets s’inscrit dans la continuité de la recherche – peut-être trop personnelle ou tout du moins confuse – du chorégraphe qui semble s’être égaré.

Épisode I – The barbarians in love

Plongés dans le noir, les spectateurs attendent de voir les six danseurs sur une musique baroque tonitruante qui plonge le corps dans une vibration palpable. Tel un magicien de la scène, dans une précision millimétrée, Hofesh Shechter fait apparaitre et disparaitre les interprètes dans des puits de lumière aux effets impressionnants.
Ce premier épisode met en scène la jeunesse évoluant dans une grande intimité. Ils sont six mais ne semblent ne faire qu’un dans leur gestuelle exacte et délicate qui déborde d’énergie. Ils semblent être dans l’urgence, en quête de quelque chose, de leur propre définition de l’amour et passent par des émotions violentes, instinctives.
Tous sont d’excellents danseurs mais la performance de Frédéric Despierre est à souligner tant sa présence scénique est intense. Son expression corporelle, son regard, tout son être semble habité par une hyper-conscience qui jaillit, rayonne et transperce le spectateur.

La réflexion apportée par The barbarians in love serait au plus juste à quelques détails près.
Il est dommage d’entendre pendant de longues minutes la voix hésitante du chorégraphe échangeant avec une voix féminine robotisée et s’interrogeant sur le pourquoi du comment de son inspiration, de sa création – extrait : « Umm, tu sais, je, euh, c’est ma pièce tu vois, euh, c’est ma pièce, donc c’est à propos de moi, tu vois ce que je veux dire, quoi que je fasse, quelle que soit la manière dont je l’approche, ça parle de… ». Cette réflexion intérieure à la limite de la complaisance indispose plus qu’elle ne propose.

Épisode 2 : tHE bAD

Cinq danseurs plus matures dans des combinaisons dorées extra-moulantes, du gros son, des danses ou transes tribales sur un fond de comportement parfois bestial… Non, vraiment RAS.

Épisode 3 : Two completely different angles of the same fucking thing

Les titres d’ Hofesh Shechter se veulent être plutôt des invitations où chacun peut tirer ce qu’il veut mais avec « Deux visions complètement différentes du même putain de truc », l’adresse semble de toute évidence ratée…
Cet épisode commence avec un couple de danseurs, lui en culotte de peau directement importé du Tyrol ou de la Bavière traditionnelle, elle dans une tenue neutre, chemise et pantalon. Le mouvement est répétitif au début puis les interprètes des deux autres parties les rejoignent. Tous se mêle, se fait et se défait. La confusion est telle que le décryptage relève de l’impossible.

Le liant de ces trois volets serait l’espace, imaginé comme « un espace de contemplation » par le chorégraphe mais cet espace ne peut se suffire à lui-même pour la compréhension du propos. Ce que l’on retiendra de Barbarians, c’est le premier épisode, qui lui, se suffit à lui-même.

© Photographie : Christophe Raynaud de Lage

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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