Le fils

Comme une empathie envers autrui.

Durant la saison 2016/2017, Le fils, présenté à l’Espace Malraux scène nationale de Chambéry où David Gauchard est artiste associé, prend en charge un sujet sensible, celui de l’interrogation sur l’autre dans ses différences et ses contradictions.

Lors de sa présentation à Chambéry, c’est pour le moins dans une configuration « inhabituelle » (avec le public placé sur le plateau) que nous découvrons cette création. Ce spectacle actuellement programmé à La Manufacture dans le festival Off d’Avignon 2017 confronte les spectateurs à une expérience intime.

De quelle manière arrive-t-on à entrer en empathie avec autrui ? telle est une des questions soulevée… Comment une parole portée par une femme ayant des affinités avec La Manif pour tous arriverait-elle à nous toucher ? Au premier abord, le synopsis renvoie à un sujet délicat, à un mouvement avec lequel on peut être en profond désaccord. De nos jours, comment entendre et accepter « un papa, une maman, tel est le mieux pour nos enfants ». Non, vraiment, cette idée relève de l’ordre de l’inconcevable.

En assistant à Le Fils, toutes les idées reçues sont mises à mal. Dans un premier temps, nous sommes embarqués dans l’histoire de cette femme. Elle n’a rien d’extraordinaire. Elle est tout simplement une femme qui a épousé un pharmacien et qui s’est retrouvée propulser dans la gestion d’une des pharmacies de la ville. Elle est comme dans un refuge, comme dans une chapelle à défendre qui lui appartient. Cette femme est d’une banalité ordinaire, faisant les choses bien, telles que l’on a pu lui inculquer, elle a des valeurs mais et se demande encore comment leur donner sens…

C’est lors d’un dîner avec des amis que tout bascule. Se joue alors à Rennes Sur le concept du fils de Dieu par Romeo Castellucci, une pièce qui fit scandale et l’objet de manifestations de la part d’intégristes chrétiens (car contre tout ce que l’on peut dessiner aujourd’hui l’intégrisme religieux n’est pas le fait d’une seule croyance). Cette pièce, au combien donc controversée, reflète un Christ magnifié selon les dires du fils de cette femme, protagoniste principale. Mais cette femme n’a jamais assisté aux représentations, elle se base seulement sur les dires de ses nouveaux amis et nouvelles idéologies auxquelles elle adhère. Dans la pensée chrétienne, un papa, une maman, c’est bien, c’est un reflet idéal des mœurs d’une société qui a évidemment évoluée avec son temps.

En France, nous avons un décalage par rapport à d’autres pays européens vis-à-vis du mariage homosexuel, nous avons encore du chemin à faire vis-à-vis de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes… toutes ses voies d’équité sont loin d’être évidentes et sont loin d’être gagnées d’avance… Cela nous renvoie au combat personnel de cette femme, à sa preuve d’existence que peut être le ralliement à Sens commun, prônant des idéologies complètement déconnectées de la réalité de familles homoparentales, par exemple.

Cela n’empêche – malgré toutes les contradictions personnelles envers de telles idéologies – que cette proposition théâtrale emmène vers un rapport plus profond, et qui arrive à nous surprendre nous-mêmes, d’empathie avec cette femme qui partage son intime. Comment arrive-t-on à remettre en cause ses convictions pour lesquelles on ressent un sentiment d’épanouissement ? Comment faire la part des choses quand en tant que mère, un sentiment d’échec jaillit alors qu’on a tout bien fait, comme on se le plaît croire ? Comment concilier le bonheur d’être mère et d’aimer dans un amour inconditionnel la chair de sa chair malgré le fait que son enfant apporte une certaine part de désillusion, de contradiction ?

À la question : « et vous, est-ce que si je vous invitais chez moi, est-ce que vous viendriez ? ». On répondrait oui, sans hésiter car les différents points de vue méritent nécessairement des échanges et des remises en question de part et d’autre d’une barrière qui est loin d’être infranchissable. Il nous appartient de créer des zones où le dialogue demeure possible même si chacun est emprunt d’idéologies différentes voire opposées. Et c’est en cela, la réelle force de cette proposition théâtrale où, l’on a une claire envie de crier au monde « et vous que feriez-vous de tout cela ? ». Notre société évolue mais les mentalités ont parfois du mal à suivre il nous faut donc faire preuve d’une vigilance critique et prendre part aux débats.

Photographie à la Une © Leonid Andreiev.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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