Dominique Menachem Lardet

D’entre deux rives.

Dominique Menachem Lardet, « Elles deux », Galerie Elizabeth Couturier. Lyon 1er, jusqu’au 11 février 2017.

La vie ne sera jamais simple et l’art doit lui ressembler. Les photographies de Dominque Menachem Lardet le prouve même si « l’esprit » et l’émotion qui les conçoivent est clair. La beauté joue d’assemblages capables de suggérer l’hier et l’aujourd’hui en une ode lyonnaise aux deux femmes que l’artiste a choisi d’exhausser. Silhouettes et lieu sont évoqués pour guérir le temps et l’innerver de ce qui est bien plus de la nostalgique et qui nourrit le présent. Un poème se poursuit à l’ombre de la ville lumière à travers des portraits intimes là où jusqu’au ciel de nuit se saoule d’étoiles. Pas n’importe lesquelles. Celles bienveillantes de deux grands-mères qui entre dépossession et rédemption, mesurent le temps à l’aube de la vie loin de toute posture psychologique ou étalage de sentimentalisme.

© Dominique Menachem Lardet.

© Dominique Menachem Lardet.

Entretien avec Dominque Menachem Lardet.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

Je me lève pour la lumière et pour savourer le matin, avec les délices du petit-déjeuner. Carpe diem !

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Ils se sont fondus dans mes rêves d’adulte.

À quoi avez-vous renoncé ?

Par la force des choses, on renonce beaucoup en avançant dans la vie. J’ai même fini par renoncer à l’espoir de changer les autres !

D’où venez-vous ?

De la rencontre de deux cultures différentes, des eaux mêlées d’un fleuve et d’une rivière au pied de deux collines – un monde profondément double qui joue de ses lumières, Lyon.

Qu’avez-vous reçu en dot ?

La capacité à m’émerveiller, et à rebondir. Une grande curiosité et par-dessus tout, l’amour de la vie.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?

Grignoter du chocolat noir au sésame ! Et puis regarder, contempler, échanger des regards, un plaisir de chaque instant, toujours nouveau, pimenté de surprises.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?

La surdité a infléchi ma vie. Cet isolement dans le silence au milieu des autres a fait de moi une photographe. Je ne suis pas seule dans ce cas ! Mais suis-je une artiste ?… J’ai tenté d’exprimer cette surdité, ce que j’en ressentais.

Comment définiriez-vous votre approche de la photographie ?

Vitale, quotidienne ou presque et expérimentale. Je cherche, d’abord j’ai voulu effacer le réel puis il s’est imposé dans sa complexité. Ce qui me passionne c’est ce qu’on ne voit pas dans l’image. L’important est ailleurs, toujours. La photographie m’apprend… la vie.

Quelle est la première image qui vous interpella ?

Je ne peux m’en souvenir, c’est loin ! Mon premier livre de photographies a été Les Rendez-vous du diable, d’Haroun Tazieff, j’étais fascinée par les éruptions volcaniques et les coulées de lave. Le noir absolu et les couleurs de feu.

Et votre première lecture ?

Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier a été mon premier livre de poche, je l’ai dévoré.

Quelles musiques écoutez-vous ?

Aucune hélas (surdité) et c’est une réelle frustration. J’aimais par-dessus tout la musique grecque, particulièrement les anciens rebetika, des « blues » déchirants.

Quel est le livre que vous aimez relire ? 

Dom Juan de Molière.

Quel film vous fait pleurer ?

Tout ce qui est émouvant va me faire pleurer. Je me rappelle avoir versé des torrents de larmes en regardant La Strada de Fellini pour la première fois.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?

J’évite au maximum… je vois surtout quelqu’un qui doute.

À qui n’avez-vous jamais osé écrire ?

J’ose, par écrit pas de barrières ! Mais à l’oral toute conversation est un défi pour une personne comme moi.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?

Athènes.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?

Colette et Proust, et les peintres impressionnistes.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Je ne me pose pas ce genre de question.

Que défendez-vous ?

Le respect, c’est la base de tout. Respect des autres, des différences, de la liberté, de la vie.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?

Lorsqu’on a perdu ses illusions, on ne peut plus aimer. Quel intérêt ?…

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »

Typique de Woody Allen, que j’adore.
Peut-être auriez-vous préféré que je réponde à vos questions par des pirouettes ?…

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?

Oh ! sans doute beaucoup mais est-ce grave ? Mille mercis à vous.

Photographie à la Une © Dominique Menachem Lardet.

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