De la science, de l’art

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Il faut se rendre compte que le Professeur Rolf-Dieter Heuer, Directeur Général du CERN, dirige une entreprise d’environ quinze mille personnes autour de recherches à la pointe des avancées scientifiques nucléaires mondiales. Environ un milliard de francs suisses pour ce laboratoire de recherche qui s’ouvre depuis quelques années à l’excellence de démarches d’artistes venus de la planète entière.

Pour Rolf-Dieter Heuer, l’artiste et le scientifique sont tous les deux rêveurs, créateurs et curieux. Le dispositif CERN Art permet à l’institut de démocratiser l’excellence de sa recherche en la plaçant au centre des préoccupations de ce qui fait de nous des êtres humains. Il se crée alors un dialogue et une ouverture entre la science et l’art. Les deux démarches touchent à une culture universelle de l’homme. L’artiste invité au CERN est plongé dans les centaines d’informations concernant les processus de recherche afin de s’en nourrir et d’en faire transpirer son art. Il s’agit là presque d’un processus de digestion. Le travail de l’artiste ne peut pas diriger la recherche du scientifique mais peut lui offrir un recul sur la décomposition d’étapes et son lien direct avec l’humanité.

En réalité, nous pouvons dire que pour le Professeur, ce dispositif d’échanges permet de mettre en lumière le véritable sens humain de l’avancée scientifique.

Non loin de l’imaginaire du savant fou enfermé dans son laboratoire secret, Yan Zoritchak est artiste sur verre depuis plusieurs décennies et profite de l’invitation de Rolf-Dieter Heuer pour expérimenter ses dernières créations.

Energy 2015 - Yan Zoritchak © Pedro Studio

Energy 2015 – Yan Zoritchak © Pedro Studio

Il utilise ainsi des produits de recherches scientifiques déjà exécutés en récupérant les déchets de certaines expériences. Zoritchak recycle ces matériaux au coût très important et aux propriétés particulières. Il s’agit de déchets de verre optique agrémentés d’un système de luminescence pour matérialiser l’expérience faite sur les particules. Ainsi, il ne faut pas gâcher mais détourner ces déchets. Que ceux-ci deviennent source et ressource. Serein, l’artiste a conscience d’avoir l’histoire de l’humanité à ses côtés, en faisant référence à l’état de la planète, cette mère porteuse magnifique lorsque l’on sait l’utiliser, ou encore à nos ancêtres utilisant la cendre et le sang des morts pour peindre les fresques préhistoriques sur les parois des grottes. Du haut de ses plus de cinquante années d’expérience, Yan Zoritchak analyse le processus de collision des particules effectué à grande échelle par le CERN pour le reproduire dans son atelier. Il s’agit en réalité, à une échelle infiniment plus petite, de créer un contraste thermique avec le verre chauffé à une température extrême qui est soudainement mis en contact avec le froid en rendant ainsi cette énergie visible, esthétique et poétique dans une sculpture de verre optique de lumière.

Le phénomène physique est alors reproduit à échelle de un à un milliard, à travers deux approches différentes. Le sculpteur s’engouffre dans l’expérience de création par intuition alors que le scientifique effectue minutieusement la même expérience, à une échelle différente, dans un but d’analyse et de compréhension du phénomène. Ainsi les deux démarches se retrouvent face à un résultat équivalent. L’artiste ne peut pas directement influencer le scientifique mais le hasard rencontré par la démarche de création de l’œuvre peut inspirer la recherche. La rencontre et le dialogue peuvent alors amener des découvertes nouvelles, chacun des partis poursuivant dans sa direction. Tous deux sont créatifs et créateurs dans leur domaine.

Voilà donc, au hasard d’une rencontre lors d’un vernissage à l’ONU, la fusion de démarches opposées à première vue et pourtant profondément liées puisque le scientifique du CERN ou l’artiste Zoritchak sont tous deux dans la quête infinie de contrôle du hasard face à l’immensité de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit. Par la cryo-technologie on peut préserver les ovocytes et la vie, et aussi rendre l’énergie poétique, ce n’est pas le hasard.

Image à la Une : Energia 2015 – Yan Zoritchak © Pedro Studio.

Antoine Guillot

Directeur de Publication / Auteur / Metteur en scène

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