Glenn Van Heugten

Du renversement des données.

L’anversois Glenn Van Heugten est un parfait exemple de l’art irrégulier spécifique à la Belgique. Il propose un ouragan impie, des frottis-frottas pernicieux. Corps et âmes ignorent la paix même s’ils feignent le contraire. Bien des polissonneries sont de mise mais toujours avec un sens du rite et du rire. Le corps ne prend part qu’au seul déséquilibre sous couvert d’acte de sainteté. Mais la « seinteté » veille à des unions de gré à gré entre deux bénitiers ou deux tasses athées. Les formes s’envolent en flots pour les étreintes. Les dévotes sont de fait de petites démones. Chacune ouvre son port de reine. L’ut du rut n’est jamais très loin. Adossés aux solives les corps fleurissent de leurs puits. Tout transpire la liberté. Le corps devient ravin, ravine. Les interstices de la chair n’ont plus à être pansées ni pensées. L’artiste devient le Malin et qu’importe ceux qui parlent dans son dos : celui-ci les contemple. Il sait que celui des hommes est plus facile à gratter que leur cœur et ses mensonges. Les choses de ce monde vont ainsi. Qui tombe chute : et quand tu y-es, tu y-es. Haut les corps ! Tant pis pour qui y laisse des plumes et qu’importe leurs rognures.

Catholic Girls Serves the Two Father a Refreshment. It’s a Hot Day © Glenn Van Heugten.

Entretien.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

Ce qui fait que je me lève, c’est le travail quotidien. Ce qui me fait lever, c’est le côté aventureux de chaque jour.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Rien du tout, heureusement. Mon rêve d’enfant était de devenir concepteur de parcs d’attractions. Entre-temps, j’ai compris que je serais un mauvais concepteur car je n’aime pas trop les dimensions, je préfère le conceptuel. J’aurais connu trop de frustrations dans ce job, je pense.

À quoi avez-vous renoncé ?

À un amour sans avenir.

D’où venez-vous ?

D’un petit village pas loin d’Anvers où tout le monde se connaît. J’y ai grandi, j’y ai joué de la musique et j’y retourne chaque semaine, ou presque.

Qu’avez-vous reçu en dot ?

Les gènes créatifs. Mes grands-pères étaient très créatifs, eux aussi. Pas tellement dans l’art mais plutôt dans leur façon de vivre.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?

S’il se présente, oui, avec plaisir. Mais je ne vais pas à la recherche. Le repas hebdomadaire entre collègues par contre est un moment que je préfère ne pas sauter.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?

Mon approche de l’art. De première vue, mes images sont perverses. Mais au fond, elles sont innocentes. Chez d’autres artistes, c’est souvent le contraire.

Comment définiriez-vous votre approche de l’érotisme ?

Pour moi, mon Porn Art, ce n’est pas de l’érotisme, plutôt de la pornographie esthétique. C’est de l’art issu du porno mais loin de son aspect péjoratif. Avec mes images, je veux montrer le côté esthétique du porno.

Quelle est la première image qui vous interpella ?

Le plan du parc d’attractions Walibi de 1988. Agé de 7 ans et après l’avoir trouvé dans notre boîte aux lettres, j’ai adoré l’interpréter et découvrir ce parc de chez moi. C’était vraiment l’aventure de ce jour-là. J’étais fasciné de constater la possibilité de résumer un vaste domaine dans un plan. Cela a vraiment germé ma fascination pour des plans anciens que j’ai commencés à collectionner plus tard.

Et votre première lecture ?

Un livre pour enfants dont je ne me rappelle plus le titre ni l’histoire. Par contre, j’ai retenu la façon dont il était imprimé : en 3 couleurs et pointillée.

Quelles musiques écoutez-vous ?

La musique nationaliste. D’une part de la musique classique nationaliste (p.ex. Air pour les Sauvages de Rameau et l’œuvre de Moussorgsky), d’autre part la musique des années 60 à 80 dans laquelle on reconnaît tout de suite la nationalité des artistes, tels que The Beatles et France Gall. J’en parle aussi sur mon site web.

Quel est le livre que vous aimez relire ?

Art of War. Un livre écrit par un général chinois, Sun Tsu en 500 avant JC. Pour moi, c’est comme de la poésie.

Quel film vous fait pleurer ?

Aucun, malheureusement. Le passage qui m’a touché le plus, c’est la fin de La liste de Schindler.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?

Je suis trop timide pour me regarder dans un miroir. Quand je me sers d’un miroir, c’est de manière fragmentée et pragmatique : faudra me faire couper les cheveux ou faut pas encore me raser la barbe…

À qui n’avez-vous jamais osé écrire ?

À personne. Parfois, ça prend du temps mais finalement c’est la force de l’honnêteté qui le remporte.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?

Londres. C’est la seule ville où je me suis senti tout de suite comme chez moi.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?

Comme sources d’inspiration : Anton Pieck, pas ses ouvrages classiques, plutôt ses esquisses sommaires. Eugène Van Mieghem aussi, et Van Dongen, Van Ost et Gruau.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Un moment convivial entre copains, mon cadeau annuel que je chéris. Ils savent qu’ils peuvent toujours m’offrir d’anciens plans.

Que défendez-vous ?

La justice, de l’espace pour chacun afin de pouvoir s’exprimer.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?

Lacan et sa phrase sont nouveaux pour moi. Pourtant, j’y vois une idée pour un scénario de film. Selon moi, les fins de films sont trop souvent heureuses même si l’histoire est pleine de tromperies.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »

Dans les films de W. Allen, il y a toujours plusieurs couches, tout comme dans ce qu’il dit. On y comprend ce que l’on veut. En ce qui me concerne : Safety first.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?

Les seules questions que moi je pose sont celles posées pendant mes cours de biologie et de philosophie au lycée.

Présentation et interview par Jean-Paul Gavard-Perret. Traduction par Carla Berrevoets que je remercie pour sa contribution.

Image à la Une © Glenn Van Heudten.

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