Billie

Le 5 octobre dernier, elle donnait un showcase (concert privé, dans le jargon des musiciens) au Périscope, une petite salle lyonnaise dédiée aux musiques actuelles. Billie est française, mais elle fait partie de ces musiciens qui voient par-delà nos frontières.
Elle a en effet choisi de mêler la langue de Gainsbourg à l’électro, une musique plus habituée aux accents anglo-saxons qu’aux méandres du français. Le défi est relevé avec classe et son premier album, Le Baiser, paru en 2014, révèle une artiste sensuelle et touchante. Il y a là une voix, une écriture, un son.

Elle a choisi Lyon pour tester en avant-première les chansons de son futur EP, mais vous pourrez également la voir le mardi 17 novembre aux Trois Baudets, à Paris.

Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ?

Je suis Billie, une artiste lyonnaise. Je fais de la chanson électro, comme on dit souvent, ou french pop — il y a plein de noms qui sont affiliés à ce style de musique. Mon parcours est un peu atypique. J’ai commencé la musique en autodidacte, puis j’ai fait du chant classique à l’âge de seize ans. Ensuite, je suis rentrée au conservatoire de Villeurbanne dans le département chanson. J’ai monté Billie il y a maintenant cinq ans. Au départ, c’était un duo violoncelle-voix qui s’est transformé en violoncelle-voix-machines avec Teddy Elbaz (qui est là ce soir), et maintenant, c’est machines,claviers, guitare et basse.

Tu fais un showcase pour annoncer la sortie de ton prochain EP, c’est ça ?

Voilà, je l’annonce. Je ne le vends pas encore mais les gens pourront le précommander. Les Lyonnais me demandent souvent des concerts mais en fait, je joue très rarement à Lyon, donc c’était un petit cadeau de rentrée. Nous, ça nous permet de tester toutes les nouvelles chansons devant un public qu’on aime bien : il y a la famille, les amis et puis des fans. La tournée proprement dite démarrera en 2016.

Y a-t-il une évolution par rapport à ton album, Le Baiser ?

Musicalement, ça a changé parce que Le Baiser était réalisé par Romain Tranchart et Grégory Louis — Romain Tranchart avait travaillé sur l’album Sexuality de Sébastien Tellier, donc on était vraiment dans un univers très french touch. Cette fois-ci, j’ai demandé à Erotic Market, qui sont des Lyonnais, de faire la réalisation : c’est devenu plus urbain, plus noir, avec des sonorités plus proches du hip-hop.

Pour ce qui est de l’écriture, est-on dans la continuité du Baiser ?

Oui, ça n’a pas changé. Je suis toujours à l’écriture avec Belle du Berry, de Paris Combo. Sur l’album qui viendra après l’EP, il y aura encore d’autres personnes.

Billie - Nuits aquatiques

Billie – Nuits aquatiques

En ce moment, il y a une polémique concernant les quotas de chansons francophones qui doivent être diffusées par les radios. Pour toi, qu’est-ce que ça représente de chanter en français ? Surtout que tu évolues dans l’univers de l’électro, où c’est plutôt l’anglais qui est mis en avant.

Je pense qu’il y a plusieurs choses. D’abord, je suis nulle en anglais, je ne comprends rien. C’est toujours un peu frustrant pour moi quand je vais voir des concerts où les gens chantent en anglais. Donc j’aime bien qu’on me chante des chansons en français et je fais la même chose, surtout que je ne sais pas écrire en anglais. Après, je ressens toujours une frustration par rapport à la chanson française, parce que j’aime plutôt la musique qui est en anglais et la chanson française à texte m’ennuie un peu ! Je me suis toujours dis : pourquoi ne peut-on pas faire un mariage des deux ? Heureusement, il y a des artistes comme Gainsbourg qui font exploser les codes. Après lui, il y en a eu plein d’autres, comme Christine and the Queens et Stromae récemment. On peut donc mélanger le français avec une musique qui ne lui serait pas destinée. Et moi, je suis plutôt contente quand je peux aller voir des concerts qui tabassent et où, en même temps, je comprends tout ce que le mec me dit sur scène !

Le département chanson de l’ENM [École Nationale de Musique de Villeurbanne] défend l’image d’une certaine chanson : à texte, un peu traditionnelle. Est-ce que tu as dû t’en éloigner ?

Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que ça m’a fait une vraie culture, parce que je ne connaissais pas du tout la chanson française. C’était bien pour moi de savoir tout ce qui avait été fait par Brassens, Brel, Barbara, Ferré… J’ai d’ailleurs développé un amour inconditionnel pour Ferré, que je trouvais le plus couillu, rock’n’roll et politique de tous. Mais c’était libre, je pouvais aussi dire que Brassens, ce n’est pas trop mon truc. Ça m’a donné une ouverture d’esprit. Et puis il y a de super professeurs à l’ENM de Villeurbanne, comme Pierre Delorme, avec qui j’ai travaillé sur mon album précédent. J’étais dans la french touch alors que lui venait du milieu très traditionnel de la guitare-voix. Ça a fait un mariage excellent parce que du coup, il m’a appris que ce n’est pas parce qu’on fait danser des gens qu’on ne doit pas être bon dans l’écriture, qu’on ne doit pas faire très attention à chaque mot.

Quel est ton dernier coup de cœur en musique, le disque que tu écoutes en ce moment ?

Je suis très fan de Flavien Berger, d’ailleurs, je parle de lui souvent. Son album s’appelle Léviathan. Il fait une espèce d’électro entêtante, vraiment barrée. Il est tout seul sur scène avec toutes ses machines, il a des chansons mortelles qui durent des fois huit minutes. C’est ma révélation. Il faut aller le voir. Il y a un live qui a été fait pour Arte sur internet qui est magnifique.

Tes parents sont dessinateurs de bande-dessinée, tu as une sœur, Morikan, qui est aussi chanteuse. Est-ce que c’est un atout de venir d’une famille d’artistes ? Qu’est-ce que ça t’a apporté pour ton parcours et ton identité ?

Je pense que c’est peut-être un atout parce que mes parents ne m’ont jamais dit de choisir un « vrai » métier, ce n’était pas possible ! Il y avait une ouverture d’esprit. Ils n’avaient aucun souci avec le fait que ma sœur et moi, nous voulions faire un métier artistique. Ce qui était intéressant, c’est qu’ils connaissent la réalité du métier : ce n’est pas parce qu’on est un artiste qu’on doit vivre d’amour et d’eau fraîche, donc il faut que tu payes ton loyer toute seule, ma grande, et débrouille-toi ! Ça, c’était plutôt cool. Sinon, ils restent des parents. Ils seront là ce soir, au premier rang. Ils sont fans de moi, même si je fais du caca, ils trouvent ça fantastique. Ils virent leur côté critique d’artistes dès qu’ils me voient sur scène.

Donc c’est un soutien plus qu’un poids ?

C’est un soutien. En plus, eux ne sont pas dans la musique mais dans le dessin. Ce sont quand même deux milieux différents, avec des façons de travailler différentes, donc ils apprennent aussi en nous regardant.

Retrouvez Billie sur son site Web et sur FB.

Écoutez Billie : Dehors

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