Awena Cozannet

PRESCRIPTION CULTURELLE • ON RENCONTRE

Les Musées d’Annecy et le label Ville d’Art et d’Histoire organisent une résidence de création avec l’artiste plasticienne durant la saison 2019/2020.

Vous avez multiplié les résidences de création à l’étranger, que vous ont-elles apporté ?

Que ce soit au Bangladesh, au Pakistan, en Birmanie ou encore en Chine, mes résidences de création ont toutes été des expériences fortes. Voyager influence le rapport que l’on a au monde. Pour ma part, cela a été une prise de conscience humaine, sociale, politique qui a engagé mon processus de travail. Comme un fil que l’on tire, une résidence en a provoqué une autre. Progressivement, ma démarche a été de créer à partir des enjeux de contextes, à partir des rencontres. Les résidences sont des expériences de travail courtes et extrêmement denses. Le monde se métamorphose, se renverse, change. Avec le temps, d’autres lectures et d’autres liens se créent et prolongent la réflexion.

Quelle est votre rapport au corps et à la matière ?

Je travaille avec le corps comme support. Ce n’est pas sa figuration qui m’intéresse mais sa présence, quelque chose de vivant au-delà de sa forme. Depuis ma première résidence au Bangladesh, j’utilise le corps comme un matériau vivant. Je conçois des sculptures qui peuvent être portées sur le corps et je les mets en scène dans le paysage, le temps d’une photographie, comme une preuve d’existence de ce qui a eu lieu. La sculpture contient l’espace vide du corps qui l’a portée. La photographie amène la présence du corps quand la sculpture l’incarne. Ce qui m’intéresse, c’est l’homme et l’humain. J’aime transformer la matière par des gestes assez simples qui peuvent être le nouage, le tissage, l’assemblage, la couture. Je peux tout aussi bien utiliser des sangles, des cordes, du métal, de la laine que du béton ou du bitume. Des matières neuves issues de chutes de production, des matières issues du recyclage. J’aime aussi en changer selon le contexte. En fait, j’aime me mettre dans une situation où je vais devoir changer de point de vue. Passer d’un langage à un autre. La matière est comme un langage du monde et de l’histoire des hommes.

La Vague (détail) © Awena Cozannet.

De quelle manière envisagez-vous votre résidence artistique avec les Musées d’Annecy et le label Ville d’Art et d’Histoire ?

J’ai imaginé un projet, Ce qui nous rassemble. Travailler sur la notion de frontière, la notion d’écart, de distance et par association celle de porosité, de frottements. Concevoir des sculptures mobiles et portables en réponse à l’urgence du déplacement, à la nécessité du mouvement, à la précarité de notre corps, à l’énergie de la personne qui la porte. S’intéresser à l’identité, à l’autre, à l’étranger, à l’actualité… l’objectif de la résidence est de traverser ces questionnements et de là, rien n’est défini par avance. C’est un patient tissage de liens, d’idées, de rencontres. La recherche de la matière est une étape importante. Je suis curieuse de découvrir l’activité du territoire et la richesse de ses ressources, rencontrer des entreprises, des artisans. Des ateliers seront menés avec différents publics, notamment des enfants, des écoles. J’aimerais aussi travailler avec des personnes, du spectacle vivant ou non, pour interagir avec les sculptures, le temps d’une photographie dans un paysage choisi ; réinventer sans cesse ; marcher dans le vide ; expérimenter ; bouleverser ce qu’on avait imaginé…

Quel regard portez-vous sur le milieu de l’art contemporain ?

Je trouve passionnante la création aujourd’hui, la liberté des artistes d’inventer autant le sujet que la forme. Les possibilités techniques sont immenses et côtoient les outils les plus rudimentaires. Il y a une forte sollicitation voire une attente des artistes à donner un éclairage, à participer, à inventer autrement les liens entre l’homme et le monde. C’est un mouvement vivifiant qui rapproche l’art un peu plus près de la vie. Changer d’ordre. C’est possible. À nous de choisir.

Sur plusieurs temps de création avec les Musées d’Annecy, l’artiste installera un atelier provisoire et réalisera une production et des recherches plastiques qui se dévoileront au premier semestre 2020 dans l’ancienne chapelle du Palais de l’Île. Venez échanger avec Awena Cozannet le dimanche 6 octobre 2019 à 14h30.

Image à la Une © Awena Cozannet : Démantèlement. Sangles de portage cousues, tricot, métal, 120 cm x 100 cm x 150 cm, 17 kg (2017/2018).

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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