Chemin faisant

Face to Face.

Exposition « Chemin Faisant » jusqu’au 03 juin 2017. Galerie Ruffieux Bril, Chambéry.

Martine Demal renvoie l’art à la consistance d’un organe plein à travers la matière. Celle-ci devient un lieu « morphogénétique » sous la forme de totems. Mais telle approche évacue tout maniérisme afin d’extraire le regard dévot qu’on accorde à l’art afin de le remplacer par un regard nocturne et enflammé. L’art n’est plus fait pour infuser du fantasme. Jaillit l’autre – semblable et frère – qui prend figure d’emblèmes où jouent les compulsions de vie et de mort selon une force primitive avènementielle en une forme d’entente tacite avec l’existence. Nous y sommes non invités mais jetés comme s’il fallait préférer la douleur du crépuscule à la splendeur du jour.

Martine Demal, Sculpture aux trois éléments, bronze, 63 x 35 x 35 cm.

Dans les abstractions de Laurence Innocenti de lourds gruaux restent aérien. La peinture insuffle à l’âme son envol au sein d’éboulements. Tout au lieu de tomber penche vers le haut. Une telle œuvre aime sans doute le vent, la pierre, la lumière des oiseaux comme l’âpre terre. Elle va à leur rencontre pour atteindre le ciel et s’en emparer. Chez la créatrice accomplie demeure une éternelle adolescence par l’énergie que sa peinture déploie. S’y conserve l’exigence des valeurs humaines comme le besoin de jasmin. Fait rare l’abstraction revient donc aux sentiments. La peinture en rempli ses citernes.

Michel Graff, 2016 – Le long de l’allée, 65 x 54 cm.

De l’œuvre de Michel Graff émerge le pouvoir de l’étrangeté, l’expérience d’un autre réel en une paradoxale proximité. Des falaises entrouvrent leurs cuisses minérales. La démesure se lie à la douce violence, la force à la vitesse. La toile vibre ; devient caisse claire de résonance. Sans bouger on s’égare, on est peut-être trop prêt du bord. Deux cents mètres d’à-pic à quelques pas. Une telle approche fissure les certitudes de la contemplation fétichiste. Parfois se fait entendre la voix de la nature et les confidences de ses opérations les plus secrètes. Mais surtout l’œil se cherche en la peinture comme on disait autrefois que l’âme se cherchait dans les miroirs. Par plans irréguliers, renversés, parfois emboîtés une circulation organique suit son cours. Elle prouve qu’un art de la célébration est encore possible à condition de rapatrier l’homme dans son cosmos constitué de formes.

Image à la Une © Laurence Innocenti, La tête dans les nuages, 100 x 100 cm.

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