Christophe Verron

Reproduisant des gestes centenaires, il est un de ces artisans qui font vivre les instruments à cordes avec l’harmonie comme fer de lance.

Comment pourrions-nous vous présenter ?

J’ai toujours adoré travailler le bois et très tôt, il m’est apparu comme évident que je deviendrai luthier, c’était comme une vocation. À seize ans, j’ai été accepté à l’École Nationale de Lutherie de Mirecourt. Aujourd’hui, j’exerce mon métier à Chambéry dans la proximité en m’occupant aussi bien de personnes commençant leur apprentissage que de celles plus confirmées. Je fais de la réparation, de la restauration, de la location ou de l’entretien. Le bois bouge énormément au fil des saisons, s’il y a un peu d’humidité, il va devenir plus lourd, deux ou trois grammes seulement peuvent changer la sonorité et il faut alors faire des réglages. Il y a un dialogue entre le luthier, le musicien et l’instrument pour essayer de trouver un équilibre, se comprendre et arriver au but que l’on souhaite atteindre.

Comment fabriquez-vous un violon ?

Un violon est une caisse avec des cordes, un chevalet, une âme – c’est ce fameux bâton placé entre le fond et la table qui tient grâce à la pression que le chevalet exerce sur la table et qui joue sur le son, sa portée, sa clarté et sa précision. De temps en temps, je fabrique un violon par plaisir. Je pars d’un morceau de bois brut et tout est taillé dans la masse, fait à la main suivant des gestes centenaires. J’utilise des essences comme l’érable ou l’épicéa qui n’auront pas la même sonorité. Chaque bois est unique et la longévité des instruments dépend de la façon dont l’arbre a été coupé au départ.

Est-ce difficile de vous séparer de vos créations ?

À chaque fois que je fais un instrument et qu’il part avec le musicien, c’est une sensation particulière. Ces instants sont riches en émotion car c’est un peu comme si une part de vous partait. Un instrument se fabrique durant des heures, des jours, en faisant de son mieux, sans tricher. La personnalité d’un luthier transparait à travers le violon qu’il a fabriqué, il ne peut pas se cacher derrière sa création. Le côté esthétique est important mais il y a également le côté sonore, plus compliqué à déterminer. Le son est amené à évoluer avec le musicien et la manière dont il va jouer ; le violon va faire son chemin. Je me dis souvent que mes instruments vont me survivre, il y a quelque chose qui transcende l’humain.

Où en est la lutherie contemporaine ?

Chaque pays a des approches différentes de la musique. En France, les conservatoires ont une approche très stricte dans l’apprentissage du violon ; une fois la technique intégrée, il faut savoir donner une âme à l’instrument. Aujourd’hui, la lutherie contemporaine a créé son réseau de réflexion en étant proche du compositeur, du musicien. Nous sommes faits de fréquences, il est important de produire de la musique, c’est un aboutissement. La culture c’est grandir avec la musique. L’essentiel est que les gens se fassent plaisir avec un instrument quel qu’il soit. Les luthiers restent des artisans avec des années d’apprentissage pour maîtriser un savoir-faire. Ce métier nous fait grandir et nous apprend beaucoup de choses.

© Photographie : Christophe Verron

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