Daniel Dezeuze

Exposition « Une rétrospective » jusqu’au 28 janvier 2018 au Musée de Grenoble.

Pour comprendre le travail de Dezeuze il faut repartir d’un anté-abstracteur : Cézanne lorsqu’il affirmait « si pour boucher des blancs je mettais quelque chose au hasard je serai forcé de reprendre tout mon tableau en partant de cet endroit ». Toute l’histoire de Dezeuze et de ses ouvertures est là : chaque « touche », chaque « point » est un centre d’éclatement dont l’énergie spatialisante se retrouve en éclats. Chaque point d’impact est en puissance de nombreux trajets et tous participent d’un rythme particulier qui implique son propre temps. C’est ainsi que dans l’abstraction et ses développements la nature même de la peinture se transforme : durée et simultanéité n’y font qu’un dans la genèse perpétuelle de l’espace qui coïncide avec l’extase articulée de l’instant.

« Diptyque pour Hsuti » par Daniel Dezeuze, 2005, peinture sur bois, 220 * 70 cm, collection privée.

Quittant le « masque » Dezeuze ouvre donc l’espace. Il ne s’agit plus d’illustrer « des faits du roi » comme l’écrit le peintre David Shear dans The end is near, ni de représenter des théories de porteurs d’offrandes. Dezeuze ne propose pas de dramatisations processionnelles perçues dans des contours que le regard doit parcourir. Avec lui le regard appris se perd dans ce qui tient plus du tissage mais du métissage.

Nous sortons du discursif pour l’incursif. Des taches sourdes et mouvantes sont gouvernées par des modulations précises. Elles s’élèvent ou s’abaissent par poussées et strates en divers courants de couleurs aussi sourdes qu’aérées qui permettent à l’espace non seulement d’affleurer mais de s’approfondir. Un double rapport se joue ainsi sur deux modes peut-être antagonistes liés cependant à un même fil : celui du langage des lignes et des formes géométriques. Tout tourne autour de l’énigme de la présence  afin de déboucher sur de la béance où l’art « s’indécide » (Derrida).

Image à la Une © « Tableaux-valises » par Daniel Dezeuze, 2004-2015, ensemble de 20 valises colorées, collection Marc et Martine Jardinier.

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