Edito n°04

Edito n°04

L’œil qui rit.

Arrête de me regarder comme ça, je vais jouir. Il est mort celui qui voulait changer le monde. Il est mort parce qu’il a trop vécu et n’avait plus les armes nécessaires à son combat. Plus de sens. Plus d’espoir. Plus de force. Rien qu’un œil ouvert, celui de l’envie. Celui qui me regarde. Une larme qui coule sur son visage en me regardant. Il va partir. Se fermer et ne plus jamais s’ouvrir. Ce dernier œil de vie me dévisage.

Il scrute les moindres traits de mon visage. Je sens sa rétine s’ouvrir, percée par la projection de son âme qui s’immisce dans les pores de ma peau. Il pénètre dans mon intimité. Je sens cette chaude présence glisser sous mes larmes de sang. Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai les yeux qui saignent. Il faut que je disparaisse. Il faut que je parte avec lui. Que je sois prêt lorsque cet œil me quittera. Lorsque son âme sera froide et que mes larmes n’auront plus de sens. Plus d’espoir. Plus de force. Il me regarde comme pour me dire qu’il m’aime, qu’il est fier, qu’il m’offre tout ce qu’il a bâti avant de n’être plus que cet œil. Cet œil comme dernière excroissance de sa vie. Pénibles palpitations. Ça y est. Il me dit adieu. Son âme m’embrasse une dernière fois. Il sourit. Non… il rit. Il rit parce qu’il trouve ça drôle. Partir et me laisser seul ici. C’est à mon tour maintenant. Le sien est passé et c’est exactement ça qui le fait rire. Je lui dis une dernière fois que j’aimerais ne plus avoir envie de lui. Qu’il faut que je reste dans mes souvenirs. Que oui, évidemment je me souviens. Que je ne veux plus rien attendre de personne. Lui, il rit.

C’est bien ça le sens de sa vie. C’est bien ça son héritage aujourd’hui. Je dois vivre sans lui et je sais qu’il me regarde, parce que comme lui, la vie, la mort, l’envie, le sens, l’espoir, la force… tout ça me fait rire.

À lui.

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Antoine Guillot

Directeur de Publication / Auteur / Metteur en scène

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