Girl

Le genre en grand écran.

FILM « Girl » par Lukas Dhont. Projection suivi d’un débat le 10 octobre 2018 au Cinéma Les Nemours, Annecy.

Voilà un premier opus du réalisateur belge Lukas Dhont qui arrive sur nos écrans auréolé de prix cannois : Caméra d’or, prix d’interprétation dans la catégorie Un certain regard et la Queerpalm.
De quoi est-il question ? De genre d’abord à travers la protagoniste Lara omniprésente dans le film et remarquablement interprétée par le jeune Victor Polster dont le jeu serré et intense emporte l’adhésion dès la première scène. Une fille dans le corps d’un garçon qui lutte doublement pour trouver sa voie dans ce corps qui change et dans la danse classique qu’elle vient de débuter. Il faut ici signaler la formidable mise en scène chorégraphique de Sidi Larbi Cherkaoui, belge lui aussi, qui porte avec force et accompagne la transition de la jeune Lara tout au long du film.

Il est question donc d’identité mais aussi, par delà la métamorphose, de norme et de reconnaissance. Lara a besoin d’être reconnue comme une fille à part entière mais également comme une ballerine qui souhaite ardemment devenir étoile. Il s’agit là d’un défi que le corps accepte avec difficulté tant la morphologie du jeune garçon qu’il est encore s’y oppose : cacher son sexe, éprouver ses pieds dans des pointes insupportables sont des épreuves et une douleur sans fin. C’est pour le réalisateur une manière de faire partager au spectateur une réalité intrinsèque, celle d’une transformation corporelle que s’impose l’adolescente. Tout le travail de la mise en scène va dans cette direction et les plans se succèdent rythmés par les répétitions éprouvantes, la caméra s’accrochant sans cesse au visage et au corps torturé de Lara. La tension est intense, elle ne nous quitte pas, monte en puissance sans respiration, soutenue par une musique lancinante et le regard se perd dans un jeu de miroirs qui nous renvoie (ou lui renvoie) une image que l’on (ou qu’elle) voudrait voir se transformer très vite, trop vite peut-être jusqu’à l’étourdissement.

Le film de Lukas Dhont est à la fois d’une grande beauté esthétique et d’un réalisme déroutant. Le quotidien de la jeune fille se partage entre sa famille et une certaine solitude. Heureusement il y a, et c’est là une des grandes réussites du film, la bienveillance et le soutien du père qui accompagne et soutient Lara constamment dans sa transformation. Sans jugement, comme une caution donnée à tous ses choix, il la protège et l’encourage tout en s’inquiétant devant les traitements lourds et les opérations en prévision. On comprend alors que le projet du réalisateur est bien de suivre ce trajet initiatique et de nous y impliquer jusqu’au bout. Ce film choc ne revendique rien il montre seulement le parcours opiniâtre, volontairement douloureux d’un être qui sait qu’il est une fille dans un corps étranger, qu’il doit se dépasser pour se libérer enfin et devenir une femme. Et nous spectateurs, partageons son chemin, souffrons avec elle, pleurons parfois et sortons de la séance complètement groggy.

Image à la Une © Diaphana Distribution.

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