Interstellar

Interstellar

Un immense gloubi-boulga impersonnel.

Christopher Nolan est un mauvais cinéaste qui est aujourd’hui au sommet de l’entreprise Hollywood. Chez les cinéphiles modernes pour qui le cinéma commence en 2000, Nolan est un héros ayant réussi à réconcilier les gens qui veulent aller au cinéma « pour poser leur cerveau à l’entrée de la salle », et ceux amateurs de films d’auteur, les mecs assez chiants qui parlent de métaphores. Bref, des blockbusters intelligents. La formule gagnante. Et puis Nolan a ressuscité Batman, quoi, ce sont des films très sombres.

Il faut reconnaitre à Nolan de persévérer dans la médiocrité. Sa trilogie Batman, aux relents fascistes, est nulle, Inception est une mascarade, un des films les plus surestimés de la décennie, le Prestige je ne m’en rappelle plus…Mais tous ses efforts, tous ses films étaient en fait tournés vers son geste ultime qu’on peut découvrir aujourd’hui, le bien nommé Interstellar.

Il faut d’abord aller le voir en se disant que Nolan a dit qu’il s’était inspiré de 2001, l’odyssée de l’espace  pour Interstellar. À la sortie, cette phrase fait pleurer de tristesse. Le film est un immense gloubi-boulga impersonnel, genré sans la moindre parcelle esthétique (avec ce grain gris et marron, on a l’impression qu’en quinze ans de blockbusters, le monde est toujours aussi charbonneux) à un point où cela donne la nausée, tant d’inhumanité dans un seul film qu’on a l’impression de vomir quelque chose d’inconnu.

Comme Gravity, il ne tire rien de l’espace. Quand un silence s’installe, et ne tenant pas plus de deux minutes, il préfère foutre en fanfare la musique tonitruante d’Hans Zimmer alors que c’eût été un moment propice, peut-être, pour filmer l’invisible. Les rebondissements sont issus du catalogue des films du genre et tout y passe donc de ce côté-là, Nolan fait un sans-faute. Ses points d’ancrage scénaristiques ne sont pas un mal, car beaucoup de films en tirent une mise en scène personnelle et se déploient pour profiter à fond de leur potentiel de divertissement. Mais Nolan refuse sa mise en scène et mise sur l’accumulation maladive de scènes-clés tout en complexifiant son scénario pour parler de trous noir, de gravité et le rendre ainsi habilement confus pour brouiller le spectateur sur la supposée intelligence du film. Encore un qui pense que le cinéma est du scénario filmé.

Interstellar

Interstellar

Pourtant, la matière est là, le nœud du film étant la relation entre Cooper et sa fille. Mais ce cœur bouillant ne survit pas à cette impersonnalité vendue. En effet, il y a une désagréable sensation durant toute la projection d’un sous-entendu en filigrane de l’histoire héroïque. C’est une émotion neutralisée à la fois par la mise en scène du film et par le sens apporté. Interstellar est l’occasion pour Nolan de faire un mea-culpa. Oui, les Hommes ont maltraité la Terre et aujourd’hui, elle se retourne contre eux en les privant de ses ressources. Mais les Hommes sont invincibles et l’exploration de l’espace leur permettra de s’installer sur une autre planète. La fin d’Interstellar fait froid dans le dos. McConaughey se réveillant dans une chambre d’hôpital, regarde par la fenêtre et voit que le monde est arrondi, les maisons pendant au-dessus de sa tête. Au sol, des enfants jouent au base-ball comme pouvaient le faire leurs parents autrefois sur la Terre. L’humanité est donc sauvée et peut tenter de reproduire la vie qu’ils avaient avant la catastrophe.

Je ne sais pas Nolan, mais je me demande si avant d’aller explorer, il aurait peut-être fallu se demander si on le méritait vraiment ? Les Hommes devraient peut-être d’abord regagner leur droit de vivre en liberté avant d’aller voir ailleurs ? Alors se pose également la question du cinéma là-dedans. Car il n’est pas question de dire qu’Interstellar est le mal mais d’opposer ce film à son époque. Le cinéma hollywoodien a du mal à laisser aux auteurs une marge de manœuvre artistique et de façon schématique, on pourrait dire que le film d’un metteur en scène libre montre son époque alors qu’un metteur en scène sous influence du studio subit l’époque. Vu son succès, Nolan n’est pas à plaindre. Sa position pourrait lui permettre de tout faire et lier son goût de l’épopée, son amour du cinéma à la possibilité d’un nouveau et meilleur monde. Cette liberté est pour lui, pour les autres et pour le monde. Si le cinéma n’est plus là pour raconter l’Histoire et offrir un témoignage, il ne peut plus servir qu’à faire défiler de simples images sur un écran, vaguement fébriles, vaguement mystérieuses qui n’empêcheront plus jamais de combler la grande solitude humaine. C’est ce qu’aurait pu offrir Interstellar au lieu d’être le monstre copié et bâtard de 2001 l’Odyssée de l’Espace.

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1 Comment

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    Répondre décembre 15, 2014

    Paul

    Batman, aux relents facistes? Parce que Batman se substitue à une justice en crise? Parce qu’il condamne les mouvements de foules et les tribunaux révolutionnaires que l’on voit dans le 3ème opus? Mais passons.

    Je crois qu’au delà de la critique de la façon de Nolan de filmer, je suis profondément en désaccord sur ce prétendu « mea culpa » du réalisateur. La thèse qui prédomine sur cette terre à l’abandon est un mélange de décroissance et de malthusianisme. Décroissance puisqu’il n’existe pour ainsi dire sur terre que 2 catégories de personnes, les reproducteurs et les agriculteurs, qu’hormis un projet secret, toute technologie a été abandonnée (ou presque). Malthusianisme car la théorie dominante est qu’il n’y a pas assez de ressources pour l’humanité entière.

    Et la solution passe pour Nolan dans l’exploration de l’univers. La question de savoir si nous en avons le droit est absurde à mon sens. Nous n’en avons pas le droit, nous en avons le devoir. L’humanité n’est pas une espèce parasite sur Terre. Nous en avons la charge mais ce n’est pas en cherchant à régresser dans le passé, en abandonnant toute exploration scientifique que nous parviendrons à améliorer les choses.

    Je trouve donc cet appel à la recherche et à l’exploration spatiale comme un hommage à la capacité créatrice de l’homme. Un film plus intéressant que ta critique ne le laisse croire.

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