Miss Katy, Pierre Montillo et Laura Chaplin

Des ombres à l’Eden.

Exposition « Miss Katy, Pierre Montillo et Laura Chaplin » jusqu’au 30 décembre 2017 à La Cour de l’Abbaye à Annecy-le-Vieux.

Miss Katy a entrepris un travail mémorial et cérémoniel en partant de dépôts, rebuts, vieilles photographies argentiques, lettres, etc. La créatrice plutôt que de se contenter d’un arte povera utilise des techniques qui allient ces éléments hybrides et la peinture. Par l’invention d’une telle « visualité » ce que Beckett nomma la « choséité de l’art » ne s’adresse pas seulement à la curiosité du visible, au plaisir de l’être mais à son désir de comprendre ce qui est de l’absence, du manque, de l’enfouissement. Des effets de fracture créent à la fois un équilibre et un déséquilibre violents et fragiles. Soudain une forme épurée et un temps dilué apparaît pour offrir au regardeur un état de sidération. Miss Katy offre le paradoxe d’images « mangées » pour que d’autres images surgissent. Elle lance ainsi la balle à ses deux alter-ego. Et un suspens demeure par ces passages de flambeaux : dans les trois cas il s’agit de passer de l’illusion subie de une condition « littorale » où l’illusion exaltée est celle de la peinture elle-même.

Sur les bords du lac © Pierre Montillo.

Celles de Pierre Montillo offrent des paysages plus pacifiques et épurés. La région annécienne est reprise selon un géométrisme qui élimine astucieusement le détail au profit de vue d’ensemble. D’où l’impression, par le paysage, d’une construction mentale en des typologies particulières. La sensualité du lac n’est pas traitée selon un romantisme banal et pompier : l’hommage est plus vrai en une vision volontairement raide et altière. C’est une manière de revisiter l’histoire si souvent traitée de la peinture paysagère lacustre.

Love is Blind © Laura Chaplin.

Laura Chaplin n’est pas très éloignée d’une telle approche. Mais elle s’intéresse moins à « l’encadrement » naturel qu’à ceux qui l’habitent – d’autant que le rapport de l’être à son décor prend une valeur plus allégorique. « Sourde » à toute volonté de faire de la femme un fantasme érotique, la jeune artiste accorde au visage et au corps une transparence, diaphanéité et quiétude. Cette propension toute en douceurs de courbes et de couleurs rapproche les êtres au sein de valeurs que le grand-père de l’artiste n’a cessé de défendre : qu’on se souvienne de la scène édénique qui clôt « Le dictateur ».

L’exposition est donc à plusieurs entrées. Surgissent des jonctions soit avec des « reliques », soit avec le paysage ou avec le semblable. Trois types de narrations et de miroir se réunissent par la recherche d’une littéralité la plus forte possible et le nécessaire transfert réflexif qu’installe le langage plastique de chaque artiste. Les trois poursuivent une pénétration de couches qui ne sont pas seulement sédimentaires entre arrachement, excroissance, épures ou clarté. Preuve la figuration n’est pas une et indivisible.

Image à la Une © Laura Chaplin, Oona at home, Le manoir de Ban, Technique mixte, 100 x 120 cm, 2014.

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