Notre rencontre était écrite

J’ai parcouru des milliers de kilomètres pour arriver jusqu’à toi. Je ne saurais dire si mon voyage depuis ma si chère Cordillère a duré des jours ou des semaines. Je me souviens encore de l’odeur de la plantation de cacaoyers, tous ces arbres qui portaient tant de fruits et de fleurs, mais aussi des cabosses fraichement gaulées. Et Lucho… mon cueilleur, lui qui a toujours veillé sur nous avec toute la tendresse et la bienveillance qui l’habitaient, que peut-il devenir ?

Ici, le climat est doux voire un peu frais pour moi qui n’ai toujours connu que la chaleur et l’humidité parfois si écrasantes. Nous devions déjà être ensemble même si nous ne le savions pas encore. Après tout comment cela était-il possible ? Tu viens de si loin toi aussi, d’une terre qui m’est inconnue, une terre que tu appelles Savane. Nous sommes si différents aux yeux du monde mais en fait nous nous ressemblons. Nous avons une histoire commune, nous sommes deux fèves de cacao ayant subi le même processus de transformation. Après avoir été ramassées, nous avons fermenté, séché, été torréfiées pour finir broyées… Jusque là, le commun des mortels n’est pas en mesure de déceler nos saveurs, seule une poignée de sourceurs en est capable.

Nous suivions notre chemin, était-ce notre destinée ? Peut-être, là n’est pas la question. Je suis heureux de savoir que tu existes, de t’avoir rencontré au cœur des Alpes. Tu viens du Ghana et moi du Pérou et nous sommes entourés de tous ces autres êtres, ils viennent de partout sur notre planète, l’Équateur, la République Dominicaine, Madagascar, et même d’Indonésie. Je resterai pur, toi aussi surement. D’autres seront associés, sans barrière ni frontière, un mélange gustatif harmonieux, subtil entre nos différentes cultures qui se côtoient dans ce laboratoire empli de l’inventivité et de la passion de ce maître chocolatier de génie. Il sublimera l’essence même de nos êtres et nous serons exposés aux papilles des amateurs d’un jour ou de toujours.

© Photographie : Chocolaterie Sébastien Fautrelle

1 Comment

  • Répondre septembre 12, 2015

    gavard-perret

    Belle dérive. Beaucoup d’attention, de bienveillance et de discrétion. Les mots retenus sont toujours plus forts que le lyrisme débridé qui dilapide l’émotion.

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