Sylvie Aflalo Haberberg

Didascalies du silence.

Séries : « Énigmes », « Lieux », « Portraits ».

Tout dans l’œuvre de Sylvie Aflalo Haberberg suggère une absence mais aussi un appel qui, peut-être, ne se reconnaît plus pour tel mais emplit l’espace de sa sourde mélopée par une rythmique particulière de l’imaginaire. Cela provient d’une expérience primitive que l’artiste ne cesse de transgresser. Chaque image possède une force sourde par l’assaut réitéré de « lambeaux » physiques dont toute âme semble avoir disparu. Une telle recherche fait écho à l’affirmation d’un manque, d’une incertitude d’être et d’avoir été.

L’artiste souligne une perte irrémédiable sur laquelle vaque une sorte de silence absolu. Ombres et suggestion portent vers une zone de l’esprit humain qui ne pourrait être atteint que par ce type d’image. Le smartphone est utilisé en tant qu’« objet contemporain paradigmatique comme un ready-made » dont Sylvie Aflalo Haberberg détourne l’usage habituel. Elle photographie ce qui ne se donne pas à voir selon un tel angle et par un regard très personnel et sophistiqué afin de mettre à mal le flux usuel des images banales laissées sur les réseaux sociaux.

L’iconographie est à la fois centre et absence : elle souligne et entrouvre la partie cachée d’une réalité secrète. On peut soudain regarder la réalité du monde et ses phénomènes d’une part et l’art, de l’autre. Sylvie Aflalo Haberberg refuse le piège « descriptif » et l’écume d’un simple désordre émotif. La photographie devient une gaze gorgée d’infimes signes qui amplifient une sorte de marche forcée qui rappelle ce que Beckett écrivait dans L’Innommable : « Il faut continuer, je dois continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer ». Cette recherche devient la didascalie du silence et prouve que « tout acte de création est un acte de résistance, mais un acte ne peut résister que s’il possède une force de décréer le monde pour en faire d’abord une musique du rien » qui néanmoins peu à peu devient un tout. L’artiste propose donc une autre solution à l’idée aristotélicienne d’identification. Il est impossible avec ses images d’identifier, de récupérer un miroir de complaisance.  Une « aussi longue absence » mais en une attente opère pour un « découvrement », renaissance.

Photographie à la Une © Sylvie Aflalo Haberberg.

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