Tigern

Mauvaise blague.

Sofia Jupither met en scène La Tigresse, un texte de l’auteure Gianina Cărbunariu. Se voulant être sur le ton d’une fable où les humains et les animaux croisent leurs discours. Tigern est l’histoire d’une tigresse Mihaela qui s’est évadée d’un zoo pour aller découvrir le monde, après quelques heures elle se fit abattre par des gendarmes et des vétérinaires. Il y a un centre historique, des terrasses, des pigeons, des passants, des touristes, des sans-abri, des animaux…

Alors on s’interroge, on se tourne vers la feuille de salle pour essayer de comprendre ce que Sofia Jupither a tenté de faire. Quel est donc le fonds du propos ? les injustices sociales, la crise des réfugiés, la marginalisation, le repli identitaire ? on passe totalement à côté, dans cette mise en scène frontale où les cinq comédiens ne semblent pas vraiment savoir ce qu’ils font ici, à l’image de l’incarnation du moineau par un des acteurs (David Fukamachi Regnfors) très plate et dénuée de sens.

Malgré les tentatives d’explications et d’accroches, le capital sympathie du départ est très vite entamé et tombe à son niveau le plus bas rapidement. Le propos est desservi par une approche du texte beaucoup trop premier degré, de plus le décalage récurrent dans les surtitres (et par pitié, employez donc un correcteur professionnel pour relire ces surtitres…) compliquent d’autant plus la compréhension et mène à ce que l’on pourrait nommer une succession de private jokes. La dernière scène dans le zoo avec les comédiens déguisés en peluche qui ne s’assument pas, achèvent cette mauvaise blague.

À vouloir représenter La Tigresse, Sofia Jupither n’est au final qu’un tout petit chaton se frottant à une fable burlesque qui mériterait un travail plus approfondi.
La metteure en scène suédoise ayant un autre spectacle programmé, 20 November sur un texte de Lars Norén qui relate l’histoire d’un jeune homme de 18 ans se préparant à commettre un massacre dans son lycée d’Emstetten en Westphalie. David Fukamachi Regnfors (le petit moineau de Tigern) se lance dans un monologue plus que monotone d’une heure où la vidéo – omnisciente et qui est ici un véritable gadget, si ce n’est qu’en 2016, suivant le manuel du Castor junior de la mise en scène (à paraître bientôt sur notre site), il convient d’utiliser la vidéo à tout va. Malgré le respect du texte et une écoute attentive, on n’arrive pas à rentrer dans la tête de ce tueur qui apparaît comme très autocentré voire nombriliste.

Avec ces deux spectacles, on s’interroge donc vraiment sur la place accordée à Sofia Jupither dans cette 70ème édition car le manque d’aboutissement dans le travail se fait sentir.

Tigern, par Sofia Jupither. Théâtre Benoît XII, à 18 heures, jusqu’au 17 juillet. Durée : 1h15.

Photographie à la Une © Christophe Raynaud de Lage / Festival-d’Avignon.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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