Annie Berthet

Annie Berthet - © Yann Leguilcher

La sincère.

À l’état brut, représentations figuratives, corps nus ironiquement grotesques, impression glaciale, presque létale… Contraste avec cette artiste peintre sculpteur qui invite le public à regarder sans complaisance ce que nous sommes.

Quel est votre métier ?

Je suis artiste peintre sculpteur et aussi artiste peintre en décor, trompe-l’oeil, peintures murales. Quand j’étais plus jeune, je réfutais un peu la terminologie du mot artiste car je trouvais ça pompeux. J’avais l’impression qu’avec ce mot je me cachais derrière ce que je faisais, et je trouvais ça en décalage, par trop de modestie peut être.  Maintenant j’assume ma vie d’artiste entièrement.

Est-ce un métier d’être artiste ?

Être artiste me colle à la peau, fait partie intégrante de ma vie et j’essaie de tout faire pour en vivre, donc, oui, c’est un métier à part entière. C’est une sorte de mélange car c’est une façon de vivre en marginalité du reste. C’est également une philosophie de vie car je suis amenée à faire des introspections sur moi et sur ce que je représente.

Devient-on ou naît-on artiste ?

Je ne sais pas si on le devient, peut-être est-ce le cas pour certains, mais pour ma part c’est ancré en moi. J’ai un passé qui m’a amenée à prendre cette direction et à exprimer des choses. J’ai du mal à en parler car c’est justement très attaché à ma personnalité ainsi qu’à ma vie.

Avez-vous un moment de vie à partager avec nous ?

Toute petite, je dessinais, je gribouillais, je peignais. À la maternelle, un premier regard a été posé sur ce que je faisais… On nous avait demandé de dessiner un arbre. Tous les enfants ont fait un arbre droit avec un cercle qui symbolisait les feuilles. Et moi, j’ai dessiné un vieux chêne tout tortueux avec des branches tout aussi tortueuses, sans feuilles.
J’avais envie de montrer une réalité et ma vision des choses.

Étaient-ce là les prémices d’une artiste naissante ?

Quand j’ai vu que j’interpellais des adultes, j’ai donc continué à prendre des cours privés sans trop savoir où cela allait me mener.

Quel a été votre parcours ?

À vingt ans, je me suis demandée ce qui me plaisait dans ma vie et ce que j’avais envie de faire. La réponse a été claire pour moi : j’avais envie de peindre et de devenir peintre sculpteur… À ce moment-là, je me suis présentée aux Beaux-Arts, j’ai été reçue et tout s’est enchaîné. J’ai passé trois ans à Annecy et trois ans à Saint-Étienne.

Ces années de formation ont-elles été bien vécues ?

Oui très bien. Elles m’ont permis d’assumer ce que j’étais et ce que je voulais faire, même si je me confrontais à des regards et des discernements qui ne me correspondaient pas forcément, car j’étais plus dans l’intuitif que dans le théorique. Mais je suis allée jusqu’au bout avec ma figuration, et j’ai eu mon diplôme.

Annie Berthet

Annie Berthet

Avez-vous beaucoup d’amis dans le milieu artistique ?

On compte les vrais amis sur les doigts de la main. J’aime voir le travail de chacun, discuter, s’enrichir les uns des autres… Je pense qu’il est important d’avoir un autre regard sur ce que l’on fait, un regard d’artiste avec d’autres problématiques, avec une véracité de critiques qui nous fait avancer.
Je suis incapable de faire une critique sur mon travail, ce sont seulement des constats, alors que je critique facilement le travail des autres, sans être forcément dans le négatif, mais pour aider l’autre.

Acceptez-vous facilement la critique ?

Oui, sauf si elle est infondée et bête. Ce que je fais est peut-être perturbant, mais mon discours n’est pas dans la Shoah, ni dans les camps de concentration, ni dans la maladie comme j’ai pu l’entendre.

La double discipline peinture-sculpture est-elle importante pour vous ?

Il y a vingt ans, je faisais du modelage avec de la terre mais qui s’écroulait, ce n’était pas assez énergique pour moi. Donc je ne faisais pratiquement que de la peinture. Mais, il y a quatre ans, je n’arrivais plus à peindre, j’avais l’impression de tourner en rond, il n’y avait rien qui sortait. Je me suis donc remise à la sculpture. J’ai commencé avec le plâtre et ça a été magique, cela m’a apporté quelque chose de nouveau en me renvoyant à la peinture. Depuis, ces deux disciplines se nourrissent mutuellement. C’est une autre approche de la matière. L’impact sur le public est différent.

Le rapport à la matière est-il important ?

Oui, car il est important pour moi de fabriquer avec mes mains, de toucher la matière. Dans la sculpture, on tourne autour de quelque chose, on bâtit une sorte d’édifice. La peinture est différente, ce sont mes touches de pinceaux qui vont monter le personnage.

Pourriez-vous décrire le bruit de votre état d’âme ?

C’est un bruit de lâcher prise. Il y a plein de choses en moi qui s’accumulent, le stress entre autres, car c’est difficile d’être face au regard de soi-même sans se cacher derrière ses créations.

Annie Berthet

Annie Berthet

Au fond, qui est Annie Berthet ?

Beaucoup de personnes voudraient savoir qui est Annie Berthet… J’ai le sourire, j’ai la patate, je vais vers les gens, j’aime les gens. Un jour j’écrirai un livre pour me raconter. Je me rends compte que mes peintures et mes sculptures sont nées d’une faille et je l’exprime au travers de mes créations.

Quels sont vos traits de caractère principaux ?

Je pense être née avec une grande force intérieure. On m’a imposé une sorte de fragilité… Je l’ai prise car je n’avais pas le choix. Je vis dans l’excès. J’arrive à tourner le négatif en positif. Je ne suis pas quelqu’un de fragile, sinon je ne serais plus là.

Où sera Annie Berthet dans dix ans ?

Je ne sais pas, car je vis au jour le jour, même demain est trop loin pour moi ! Je prends la vie comme elle arrive, mais peut-être que dans dix ans, j’aurais trouvé un marchand de rêves où les rêves ne sont pas seulement illusoires, et je serais alors bien dans ma vie. Quoique… Aujourd’hui je suis bien, car je suis en cohérence avec ce que je pense et ce que je suis. Je suis entière.

Quel serait votre souhait ?

J’ai toujours été très indépendante, suite à ce que m’a apporté la vie, je ne veux rien devoir à personne, ce qui fait que je suis obligée de m’assumer toute seule. Mais maintenant, j’aimerais avoir un mécène qui assure mes arrières pour que je puisse me consacrer intégralement à mes créations (sourire).Je voudrais gravir les marches de l’escalier de ma vie pour un jour arriver au sommet.

 Illustré – photographie à la une – par Yann Leguilcher.

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