Aux arts, citoyens

Dialogue entre la littérature, le cinéma, la danse, la musique, les arts picturaux, dialogue entre les époques et les mondes, dialogue entre Don Quichotte de Miguel de Cervantès, Norman Bates le héros au dédoublement de la personnalité de Psychose dans sa version hitchcockienne, Odette le cygne blanc du Lac des cygnes de Tchaïkovski / Begitchev, et l’anonyme cheval de Lascaux.

Oh ! Monde perdu ! Où sont les géants que chacun s’invente ? Partout. Nulle part. Je suis véritablement fou maintenant que les images ont remplacé l’imaginaire. Que deviennent les interstices à conquérir entre les lignes dans ce monde qui s’effraie de tout, et veut tout combler ? Mon cher, votre crasseuse figure psychotique n’en est-elle pas déjà le fossoyeur ?

Maigre vieillard, n’insultez pas mon petit ! Maman chérie, tais-toi, je peux parler seul. Je t’aime mon garçon, vas-y, nous t’écoutons.

Hiiii. Lui fou !

Oui mon visage est celui de mon acteur. Et le suspens est mon imagination. Bien dit fiston ! Maman laisse-moi finir ! Norman ne parle pas comme ça à ta mère devant le monde ! Pardon maman, je continue : les images ont une durée et c’est dans cette durée que s’ouvrent les espaces où s’insinuent les spectateurs, dans l’attente.

Les mots aussi ont une durée. Le spectateur est passif, non le lecteur.

Sans durée. Moi dure. Hiiii.

Mon garçon nous sommes entourés de fous, partons. Restons. Le cinéma est un mouvement, une trajectoire.

Excusez-moi. La musique aussi se déroule. Je virevolte et m’effondre. Que disais-je ? Oui. La musique est un langage de l’humeur et moi je danse. Tout ce qu’il y a à dire de nos sentiments est trop puissant pour les seuls mots ou les seules images. Toute la vie est dans le corps. J’ouvre mes ailes, t’accueille et m’effondre. Oui ? Seul le corps est vrai, seul le corps traverse les cultures sans traduction.

Hein qu’elle est belle maman ? Oui mon petit, range ton couteau.

Pas besoin traduire moi.

Je ne vous comprends pas messieurs, vous êtes trop intellectuels, vous vous réfugiez dans vos têtes quand seul le corps peut vivre.

Mademoiselle vous me plongez dans le désespoir profond de qui n’a de corps qu’en papier. Mais voyez-vous le réel me fait peur, il est trivial, il est immédiat. Alors oui, je fuis peut-être mais sans la poésie le monde me serait bien insupportable.

Pauvre vieux, corps de lumière ou d’encre, corps de plomb, de chair ou de plumes, dansez sur les musiques intérieures et vous imposerez votre poésie au monde. Je m’effondre.

Pas son, pas mouvement, pas imagination mais moi fondamental. Moi premier. Hiiiii. Hommes transformer moi en expression. Hommes besoin peindre moi pour être Homme. Hiiii, hiiii, hiiiii.

Rosse primitive et sauvage, vous avez raison de nous rappeler nos origines. Sans vous je n’existerais pas.

Ma mère et moi n’existerions pas sans vous non plus, brave hidalgo, ni sans la douce Odette, et tous ceux qui précèdent.

Mais croyez-vous que le monde d’aujourd’hui nous lise encore, nous regarde encore, que nous qui avons été créés en réponse à un contexte épistémologique précis, nous puissions parler à tous éternellement ?

Pas de deux, grand jeté, arabesque, pirouette fouettée. Sous différentes modalités, nous disons le cœur de l’Homme, inlassablement nous cherchons du sens. Pas de progrès peut-être. Je m’effondre. Une quête toujours recommencée, un approfondissement en spirale.

Moi aussi, j’ai été danseuse quand j’étais jeune. Je sais maman. N’y a-t-il pas pour autant des radicalités nouvelles ? Sert-on toujours la même soupe ? J’existe grâce à une technologie nouvelle, une nouvelle façon de représenter le monde.

Et toutefois, vous dites vous aussi l’illusion. Le cygne blanc également. Elle est un rêve comme ma tendre Dulcinée. Vous lui ressemblez mademoiselle.

Oh ! Je vieillis, je m’effondre. Depuis, l’amour mille fois a été dit, et celui d’aujourd’hui n’est peut-être plus celui d’hier.

Généalogie. Hiiiii.

Norman, vous avez été un livre. Je suis devenu des films. Odette, vous vous êtes aussi démultipliée. Et nous parlons de voix différentes mais syncrétiques dans la jeune caboche du jeune homme qui nous écrit aujourd’hui. Ne demandons pas au peintre d’écrire, au danseur de peindre, au comédien d’inventer la physique quantique mais disons-leur que nous sommes en eux, qu’ils soient eux-mêmes, et qu’ils n’ignorent rien du monde ni des arts qui les entourent. Nous sommes des figures jetées au-dessus des béances, nous sommes des pierres dans le gué qui va vers demain.

Aux cœurs, citoyens !

Aux sens, citoyens !

Aux essentiels, citoyens, hiiii !

Aux arts, citoyens !

© Photographie : Julien Chevallier

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