Bacchantes – Prélude pour une Purge

Ivresse des mystères.

Présentée au Kunstenfestivaldesarts puis au Festival Montpellier Danse, la dernière création de Marlene Monteiro Freitas se place comme une des pièces incontournables à voir durant la saison 2017/2018.

Bacchantes – Prélude pour une Purge s’inscrit dans la continuité du travail de recherche, engagé depuis quelques années par la chorégraphe cap-verdienne, dont un des axes est celui de la création d’un endroit où la fiction se noue entre le public et les interprètes par le biais de l’imagination. Pour Marlene Monteiro Freitas, il ne s’agit pas de prendre Les Bacchantes d’Euripide comme une pièce théâtrale avec une narration et des personnages, mais comme une pièce qui est possible chorégraphiquement. Et, c’est en effet ce que proposent au public les huit interprètes et les cinq trompettistes durant plus de deux heures de divines bacchanales.

Tandis que les interprètes vêtus de salopettes blanches évoluent en plateau, les trompettistes traversent la salle comme pour lancer la célébration d’une ivresse des mystères qui va s’en suivre. L’univers musical croisant la partition jouée en direct et les sonorités enregistrées apparaissent comme un filigrane de la tragédie grecque avec une immédiateté et des vibrations qui sont à la fois vues, entendues et ressenties. Les différentes situations déployées font appel à notre for intérieur et sont de l’ordre de la folie, du délire ou de l’irrationnel, notamment quand d’improbables dialogues se créent entre gestes et sons ou quand des éléments techniques comme des pupitres ou des micros deviennent pour un temps machines à écrire.

Bacchantes – Prélude pour une Purge © Filipe Ferreira.

En étant totalement assumé, tout devient prétexte à jeu et matière à raconter des histoires que chacun pourra interpréter à sa manière. Tantôt les univers sont dominés par la farce ou des inspirations carnavalesques reflétant par la même joie et énergie communicatives. Tantôt les circonstances sont de l’ordre de l’intime comme lors de la vidéo d’un accouchement pouvant laisser quelque peu perplexe sur le moment mais étant également forte de symbole. La symbolique tient une place prédominante dans ces Bacchantes « revisitées » en raison des multiples clés de lecture envoyées aux spectateurs.

Cette proposition hybride se termine sur un Boléro de Ravel à la mélodie uniforme et répétitive qui, dans un long crescendo saisissant, fini de transporter le public dans un espace fictionnel où les métaphores s’enchainent avec brio. Ce spectacle au rythme effréné demande une implication personnelle presque de tous les instants si l’on veut en savourer toutes les subtilités. L’ovation finale est à la hauteur de cette création hors norme et intense dont on ressort avec une furieuse envie de transmettre des énergies positives aux autres.

Photographie à la Une © Filipe Ferreira

Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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