Bonlieu Scène nationale 2019-2020 • 1e partie de saison

PRESCRIPTIONS CULTURELLES • ON S’ABONNE

Les spectacles proposés durant la première partie de saison de la scène nationale d’Annecy mettent en mouvement des pensées créant un lien entre ceux qui agissent et ceux qui regardent.

Marry me in Bassiani les 02 & 03 octobre 2019.

Le collectif (LA)HORDE poursuit son exploration des danses à l’épreuve de leur évolution sur Internet. Après s’être intéressés aux hard-dances ou au jumpstyle, les trois artistes (Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel) sont partis sur les traces de l’origine d’une danse dite folklorique géorgienne. Le collectif s’est rendu à plusieurs reprises à Tbilissi pour rencontrer aussi bien des danseurs traditionnels que ceux qui manifestaient sur de la musique techno devant le parlement de leur pays pour contester les raids effectués par la police dans plusieurs clubs de la ville. Marry me in Bassiani interroge ce que peut être la portée politique d’une danse quand elle rencontre la volonté d’émancipation d’une jeunesse.

Infini les 07 & 08 novembre 2019.

Boris Charmatz se sert de la scène comme d’un brouillon où il jette des concepts et des concentrés organiques afin d’observer les réactions chimiques. Ici, le chorégraphe questionne la notion d’infini et la sensation de fuite ou de mouvement permanent qu’elle induit. Les interprètes (Régis Badel, Boris Charmatz, Raphaëlle Delaunay, Maud le Pladec, Solène Wachter et Fabrice Mazliah) sont emportés dans un flux ininterrompu de chiffres et de nombres qui s’égrènent. Ils traversent de multiples états, changent d’humeur ou de direction, se confrontent obstinément avec les limites et se jettent dans l’instant présent. D’une liberté rigoureusement conquise, la pièce transforme sa matière numérique en substance organique et lui confère une résonance poétique.

Vertikal du 26 au 28 novembre 2019.

Mourad Merzouki ne cesse de se jouer des codes de la danse hip-hop en les poussant dans leurs ultimes retranchements. Avec ce spectacle, il aborde l’espace de la danse verticale dans un espace scénique aérien mis à disposition par la Compagnie Retouramont. Tout semble possible, la chute comme l’élévation. Le rapport au sol, si primordial pour le danseur hip-hop s’en trouve fondamentalement modifié. Les interprètes sont tour à tour socle et porteur ou au contraire voltigeur, marionnette animée par le contrepoids des partenaires au sol. Vertikal inverse les codes et trace de nouvelles lignes de fuite dans l’espace qui naviguent comme sur un fil, entre légèreté et illusion.

La Gioia les 17 & 18 décembre 2019.

Pippo Delbono livre une œuvre en mouvement, un poème sincère et désenchanté, une danse allégorique, une évocation de la fragilité et de l’évanescence des moments de joie. La voix du metteur en scène et acteur italien caresse, hypnotise et révèle la force et la tendresse qui l’animent, tout autant qu’elle laisse poindre l’enfer qui le tient en étau. Avec une vitalité fiévreuse, il incite au dépassement de la peur et de la fugacité des choses. Lui qui, habité par le mal depuis longtemps est la preuve qu’il est possible de vivre une existence minée de souffrance. Dans une scénographie où les compositions florales de Thierry Boutemy habillent le plateau de printemps, la joie naît dans l’abord serein de la finalité, dans les chants, la danse et la musique, dans la folie, dans l’amour vif qui lie Pippo Delbono à Bobò, son vieux compagnon de route, et à sa troupe d’acteurs vêtus de costumes tout droit sortis des contes de fées. Tel un rite, chaque représentation offre un geste unique qui crée un lien entre ceux qui agissent et ceux qui regardent, dans une respiration commune.

Di Grazia les 17 & 18 décembre 2019.

Ce solo pour Olivia Corsini prolonge la recherche autour des états de grâces et de possessions des précédents spectacles d’Alexandre Roccoli. Cette pièce conçue comme un triptyque allégorique s’apparente à une autopsie des différentes représentations du corps féminin dans l’espace du bassin méditerranéen au cours de l’Histoire. Di Grazia se propose d’écrire une fiction d’autres possibles en analysant les révoltes au sens du retour possible des femmes sur elles-mêmes, en prenant comme point de rupture une libération face à l’assujettissement du regard et du contrôle patriarcal. En allant au-delà de l’image de corps uniquement voués à séduire, le mot latin « seducere » retrouve son sens étymologique « détourner du droit chemin ».

Image à la Une © Bonlieu Scène nationale.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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