Bruno Walpoth

Sculpter le silence.

Bruno Walpoth, Galerie Frank Schlag et Cie., Essen, 2016.

Nul plus que Bruno Walpoth a mis en évidence la phrase de Robbe-Grillet « la condition de l’homme c’est d’être là ». Mais elle perd tout autant sa signification puisque l’homme est de bois tandis qu’au fil des œuvres son genre se brouille…

La fable visuelle par son hyperréalisme devient un leurre au moment où une fine couche de peinture enlève tout poids, toute consistance à l’évidence classique. Cela ne présuppose en rien qu’il s’agit là d’une production typique  des civilisations de l’âme… De fait le réalisme crée une sorte de marge. Elle déconditionne les façons de voir, de percevoir : elle oriente vers un « perdre-voir ».

Le tout dans une avancée vers le silence à travers des pièces où  les êtres (en buste ou en pieds) apparaissent selon une pratique peu orthodoxe de la sculpture sur bois. Elle échappe à tout aspect purement artisanal. Un nouveau défi de l’Imaginaire apparaît. Il suggère l’appel muet et énigmatique de personnages en perte de consistance et dont le bois appelle déjà la cendre.

Certes la chair semble encore palpiter. Mais elle s’éloigne de sa source. Chaque corps flotte dans l’espace. Le bois devient l’élément impalpable où surnage le souffle du corps, présence énigmatique prise dans une misère sans nom appelant jusqu’au dernier souffle une impossible fin.

Dans le silence il ne livre plus de combat, il s’abandonne. Ne reste que le sursis  qu’offre l’œuvre. Elle souligne l’attente avant de  rejoindre le silence final et le fait d’être là, sans y être, d’être encore ou jamais. D’où ce « chant » de corps presque morts plongés en un

« silence tel que ce qui fut
avant jamais
par le murmure déchiré »(Beckett, « Poèmes »).

 

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