Claude Burdin

EXPOSITION « Daniel Favre, sculpture & Claude Burdin, peinture » du 22 mars au 05 mai 2018 à la Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry.

Minéral, végétal ou animal, il fait appel aux souvenirs et à la mémoire du regardeur pour que l’abstraction nourrisse l’imaginaire.

Comment expliquez-vous les différences de représentation : minérale en peinture, végétale en graphisme et animale en sculpture ?

C’est souvent par séries que j’aborde un thème. Je le développe avec l’objectif d’approcher l’essentiel. Dans le cas actuel du thème « Minéral, Végétal, Animal », de l’inerte au vivant, ce sont la couleur, la matière, le graphisme et le volume qui sont au cœur de ma démarche. Ainsi, il m’est possible d’aborder de manière personnelle les composants du thème. Plus sensible aux valeurs qu’à la couleur pure, ma palette utilise des teintes rabattues, mon graphisme des contrastes bleutés et mes patines de terres cuites des tons rompus. Ce sont les éléments de mon vocabulaire plastique. La transdisciplinarité ne me pose pas de problème.

J’accepte volontiers que l’on me qualifie de peintre abstrait si l’on admet qu’il puisse apparaître des éléments rappelant la figuration dans mes toiles, un rappel au paysage naturel ou urbain. C’est à la personne qui regarde de définir le degré d’abstraction qu’elle ressent.

En travaillant sur « Minéral, Végétal, Animal » je suis notamment en lien avec la planète et ses ressources. Je n’ai pas de message à faire passer mais j’utilise ce que je vois autour de moi comme support. Par exemple, les animaux que je modèle sont un peu comme une réflexion sur les structures sociales (clans, tribus, familles) et sur l’espace car si l’on réduit l’espace d’une espèce animale, que se passe-t-il ? Ces notions sont sous-jacentes à mon travail.

Que vous a apporté votre expérience avec les danseurs ?

Cette période m’a permis, grâce à un partenariat, d’observer, dessiner et peindre les danseurs de la répétition au spectacle. J’ai défini ce projet comme un véritable laboratoire graphique, un accès libre au plus près de la représentation du corps et du mouvement dans son aspect le plus brut. Le dessin instantané, écriture immédiate de la trace du danseur dans l’air, a été un outil essentiel de ma prise de notes. Un dialogue s’est établi entre nos gestuelles, celle du danseur et celle du dessinateur. À l’issue de cette expérience, j’ai créé la silhouette Gum. Sa forme synthétique respecte les proportions de la figure humaine et se rapproche de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci.

Votre travail pourrait s’inscrire en grande partie dans la lignée de Paul Klee : vous reconnaissez vous dans cette filiation ?

Absolument mais il y a des éléments figuratifs qui apparaissent clairement ou en filigrane dans son abondante production. Mon travail suggère des « paysages-images » issus de souvenirs, de couleurs ou de lieux. Cette suggestion s’opère dans mon processus de création par le collage et le souvenir du paysage. Quand je fais des collages, c’est un espace de très grande liberté, une ouverture à la rêverie. Outre Paul Klee, mon travail est influencé par la période du Bauhaus et ses fondateurs, Miquel Barceló ou Robert De Niro Senior. Ils ont forgé l’armature d’un socle visuel et ont contribué à mon envie de peindre.

Je me nourris également par des lectures. Par exemple, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes de Robert M. Pirsig a été fondamental dans l’accès à l’abstraction. C’est le récit d’un voyage, une méditation sur la qualité et une vision du monde. Tel qu’il le définit, selon qu’on le regarde de manière classique ou romantique, le monde nous apparaît de manière différente. Les biographies de musiciens de ma génération (comme celles de Keith Richard, Bruce Springsteen, Patty Smith, etc.) ont aussi une influence majeure ; ces récits de vies apportent de la matière à mon imagination.

Vous allez être exposé avec Daniel Favre, quels liens feriez-vous entre vos démarches ?

J’apprécie le travail de Daniel Favre, tout comme l’homme. Le dessin, le modelage font partie de nos centres d’intérêt communs. L’évolution de son travail est impressionnante. L’exposition relatera, j’imagine, nos parcours respectifs.

Image à la Une © Claude Burdin, Minéral III, huile sur toile (90 x 90 cm).

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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