David Mostacci

L’élégance du quotidien.

Notes sur quelques œuvres de David Mostacci.

Il y a
dans les œuvres de David Mostacci l’élégance
une élégance du quotidien cette
élégance dans la tension l’attention d’être-là
et c’est bien dans la manière d’être-au-monde, et ici, tout particulièrement, d’être-là
que se manifeste ou non l’élégance
dans une exactitude du cadre, qui est un regard qui sait qui saisit mais qui laisse
aussi fuir – un éloge de la fuite –
une fragilité particulièrement exquise (plus exacte qu’aucun discours)
entre ce qui fuit et la joie d’y être, d’être-là

Un désir une joie un rire un dérisoire (un impondérable, dira-t-on)
un opus, ou mieux : un opuscule
un petit œuf œuvre qui semble (a priori un paradoxe) envelopper la plus grande part du monde.
l’immensité du monde enveloppé (et non pas « contenu ») par un minuscule
des plis et replis de draps de torchon de vêtements de premières et secondes peaux.

Difficile de dire « je ». D’exprimer, dans ce dedans, un « j’aime »
(difficile de dire « je » puisque l’intimité de ce minuscule est si exact qu’elle
nous transforme en être-autre)
que l’huile soit sur bois que, quand sur toile, les toiles soient (souvent) petites que le graphite (qu’on devrait plutôt écrire « graffite » – graffito – graphe qui s’effrite) et le papier reviennent
comme une comptine (le crayon de l’enfance) –
le temps qui s’écoule au compte exact de la vie –
et réduisent – ou plutôt résolvent la vie dans
un passage
une fragilité – à fleur de peau

Il y a
dans les œuvres de David Mostacci l’élégance
qui est d’être-au-quotidien à fleur de peau.

À fleur de peau, à plante du pied. Pieds nus (bien sûr
entre peinture hollandaise – la nature étale, still, et non pas « morte » –
et le cadrage resserré du Caravage dans la plante des pieds dans l’humilité
des pèlerins)
au milieu d’un jardin (mon lieu amène – mon secret – la commode comme un secrétaire)
parmi la végétation l’herbe et la terre

là,
presque soudainement,
ce qui semble fragilité se transforme encore (dans le roulis de l’enveloppement comme un pétrin)
dans une permanence fuyante
a priori un nouveau paradoxe mais
la matière végétale n’est-elle pas une permanence fuyante ?
Élégance de l’artichaut. Permanence des haricots. Présence des champignons.
Présentation des champignons
champignons montrés champignons offerts
et, dans ce présent des champignons, déjà, ils sont à nous
et ils sont presque et déjà plus qu’à nous
ces trois champignons ces instants ces intimités
on ne peut faire autrement que de se les approprier
une appropriation de chacun qui devient, dès lors, une appropriation du tout à chacun.
Intimité si intime qu’elle ne peut être qu’à chacun.

Et c’est, finalement, de cet il-y-a de l’expérience
profondément attentive
profondément intime
(l’intimité – intimus – est ce qui est le plus dedans, le plus intérieur)
retenue, dans le tragique de ces riens qui fuient,
vieillissent disparaissent
comme le graphite qui s’effrite
que se vit l’élégance.

Image à la Une © David Mostacci, Les champignons, graphite sur papier, 76 x 50, 2017.

1 Comment

  • Répondre décembre 29, 2019

    Articles

    […] – L’élégance du quotidien (peinture) (sur Carnet d’Art) […]

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.