De mémoire d’habitants

PRESCRIPTION CULTURELLE

L’exposition du Musée-Château d’Annecy propose de plonger au cœur de l’histoire de la vie d’un quartier : non pas pour se souvenir mais pour apporter de la matière à réflexion sur les mutations sociétales et sur les transformations des espaces urbains.

Dans cette exposition, le travail sur la mémoire du quartier de la Vieille Ville d’Annecy n’est peut-être que prétexte à emmener les visiteurs sur d’autres chemins : ceux qui nous interrogent sur la ou les visions que nous voulons pour nos cités d’aujourd’hui et de demain.

Dans le parcours qui est proposé au Musée-Château d’Annecy plusieurs visions se croisent. Les clichés argentiques réalisés par Jean-Pierre Lamy en 1967 résonnent, entre autres, avec les photographies contemporaines de Denis Vidalie faites une cinquantaine d’années plus tard. Mêmes prises de vue, mêmes angles sur des espaces urbains, sur des scènes de rue qui se ressemblent parfois étrangement mais qui montrent aussi l’évolution et les transformations.

De mémoire d’habitants met également en avant un patrimoine immatériel : celui des témoignages d’anciens ou actuels habitants, de commerçants ou encore d’acteurs locaux. Des tableaux, gravures et autres documents d’archives viennent compléter cette exposition qui se révèle être un voyage transgénérationnel dans les temps passés et présents comme pour mieux bondir vers l’avenir.

La Vieille Ville d’Annecy : l’histoire d’un quartier.

Si la Vieille Ville d’Annecy apparait aujourd’hui comme une zone très fréquentée voire emblématique pour les touristes qui visitent la ville, il n’en a pas toujours été ainsi. Dans les années 50-60, ce quartier est très pauvre, sombre. Les façades des immeubles sont lépreuses, les appartements sont vendus par petits lots par leurs propriétaires qui préfèrent alors investir dans des constructions plus modernes et agréables à vivre.

À cette époque, il faut s’imaginer une Vieille Ville complètement abandonnée, glauque et même dangereuse la nuit car elle est mal éclairée avec des rues non pavées et boueuses.

Dans cette misère apparente, il règne néanmoins une ambiance de village où la vie sociale est extrêmement riche. Habité par des gens modestes, souvent ouvriers et émigrés, ce quartier explose et se métamorphose les jours de marché où toute la ville et les villages alentours viennent se retrouver. C’est une atmosphère chaleureuse et profondément humaine qui se ressent alors ; une atmosphère qui trouve également sa cohésion par l’existence de nombreux petits commerces où les habitants se rencontrent, se connaissent et dialoguent.

Par la suite, une poignée de personnes commence à voir dans la Vieille Ville son intérêt historique, patrimonial et même touristique. Les pouvoirs publics, aux côtés des commerçants, vont être moteurs d’une réhabilitation en conduisant des travaux qui se sont faits dans le respect des vieilles pierres.

Aujourd’hui très bien restauré et entretenu, ce quartier a toujours l’âme d’un petit village pour ses habitants. Chargé d’histoire, c’est un lieu où il est possible de s’émerveiller quotidiennement, où il fait bon vivre mais c’est surtout un lieu dont il faut préserver l’identité dans des temps où la dynamique de progrès est à réinterroger.

Réinterroger le progrès.

Le progrès s’inscrit dans une dynamique qui va de l’avant, vers le bien, le mieux ; il doit être partageable par le plus grand nombre et demande des efforts. Aujourd’hui, si la notion de progrès semble être abandonnée, il semble nécessaire de trouver un nouvel élan au sein de nos sociétés civiles. Nos anciennes visions et nos anciens protocoles d’écoute sont à réinterroger. C’est là une des pistes de réflexion pouvant être perçues à travers De mémoire d’habitants. Cette exposition transmet des éléments qui permettent d’ouvrir et de questionner des notions touchant à ce que nous voulons construire et il est urgent de s’en emparer.

Image à la Une © Musées d’Annecy.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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