Dove cadono le ombre

Une fable noire et percutante.

Au cœur du festival Annecy Cinéma Italien, dans la petite salle de Bonlieu Scène nationale, une jeune réalisatrice Valentina Pedicini accompagnée de son actrice principale Federica Rosellini est venue nous présenter un film fort, sombre et envoûtant. Le public présent ne s’y est pas trompé, il a reconnu là une première œuvre de fiction majeure dans Dove cadono le ombre.

De quoi s’agit-il ? Tout d’abord de montrer, sans les juger, l’histoire de deux femmes, qui ont été les protagonistes d’un épisode noir de l’histoire helvétique : le génocide des enfants yéniches au cours de la première moitié du XXème siècle. Mais au-delà de ces évènements peu connus et terribles, le film se focalise sur les rapports extrêmement complexes entre Anna, jeune femme infirmière dans le lieu même où elle fut enfermée lorsqu’elle était enfant – orphelinat devenu établissement pour personnes âgées – et Gertrud, vieille dame rude et mutique, ancienne directrice du lieu qui revient pour y passer la fin de sa vie. Cette rencontre fait resurgir pour l’une et l’autre des souvenirs douloureux. C’est alors que le bourreau d’autrefois devient la victime de cette jeune femme névrosée qui a gardé en elle toute la souffrance et la rage de son enfance volée.

Dove cadono le ombre.

La réalisatrice la suit dans les couloirs sombres de l’établissement et installe une mise en scène dépouillée, sobre, à l’image du personnage : strict, insensible, sauf peut-être pour une vieille dame sans mémoire qui va mourir. La photographie et la direction d’acteurs sont impeccables. Federica Rosellini qui incarne Anna et qui vient du théâtre donne à son personnage à la fois une énergie et une retenue dont il a besoin et c’est avec son corps qu’elle exprime sa violence et ses désirs. La relation violente qu’elle a installée avec son ancien bourreau se transforme peu à peu pour laisser la place à de l’apaisement et l’enfant orpheline retrouve une mère putative.

Oui, ce film nous a touchés, par sa forme très épurée mais aussi par le sujet très sensible qu’il aborde. Nous avons découvert là une œuvre forte qui, après sa présentation à la dernière Mostra de Venise, devrait trouver sa place dans le palmarès  du festival cette année. Il la mérite.

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