Dub Love

Une performance jouissive pour l’amour de la Dub.

Écoutez Make It Bun Dem de Skrillex & Damian « Jr. Gong » Marley.
Votre tête se balance irrépressiblement ?
Vous aimerez Dub Love.

« Surtout cette musique qui se dérobe et se réinvente sans cesse réveille, encourage, éclaire, interroge. Où est l’ennemi ? Qui sont les oubliés de cette liberté insatiable promise par le capitalisme (Babylone) ? Comment se réunir ? »

Cécilia Bengolea, François Chaignaud

Noir. Silence. Dub. Une lumière rasante déchire l’espace en deux pour embrasser la table de mixage en avant-scène, à cour. Un peu décentré, un énorme soundsystem, trois étages d’enceintes, quatre colonnes de bois et de grillage commence à vibrer. Le DJ ondule au-dessus de ses potards, au rythme de son mix. De la salle, un premier danseur – une première danseuse ? – un androgyne lent, droit, musculeux et fin, offert dans son justaucorps chair, les bras liserés d’or apparaît. La musique enfle.

« On dirait du Nô. » Quelle lenteur, quelle tension ! L’apparition s’avance puis se dresse sur ses pointes, aucun tremblement, une maîtrise admirable ; le corps tendu d’un bout à l’autre se plie et se déplie tour à tour, les courbes du corps soulignées, magnifiées par cette lumière surnaturelle qui danse sur elles. « J’ai l’impression d’assister à la naissance d’un Dieu ou d’une Déesse, l’éclosion d’un divin ovipare. »

Une seconde, une troisième apparition rejoint la scène, Des pointes, des pointes, des pointes. A l’immobile déhanchement du premier monstre s’oppose les claudications voûtées du second, les tours infinis du troisième sur lui-même. Petit à petit, les bêtes évoluent, se reconnaissent, empruntent tour à tour les pas de l’une ou de l’autre, se rejoignent pour s’embrasser, s’élancer à l’unisson ou se lancer dans de véritables défis d’équilibristes ; à la jouissance du mouvement répond la douleur des corps, terrible festin de chair qui roule, se dévoile et s’explore,

Les talons finissent par trembler. Le bâtiment entier vibre sous le son. Première chute, discrète. Mais l’effort est porté à son paroxysme et les failles transfigurent les monstres, rappellent l’humain, la fragilité de l’équilibre, la douleur musculaire, articulaire, qui sublime la maîtrise des artistes en prises avec eux-mêmes. Et quelle volupté lorsque, abandonnant la rigueur de leurs pointes, les trois dansant-e-s laissent libre cours à leurs folies, chantent –scandent ? – et se désarticulent chacun leur tour, puis ensemble, avant de reprendre leurs rôles de créatures célestes.

Dub Love, tout était dit : hommage d’amoureu-x-ses à d’autres amoureu-x-ses d’un son et d’une lutte ; performance de trois – quatre – headbangers possédé-e-s, capables de porter leurs mouvements à l’extrême, libres de les assumer jusqu’au bout. Décidé-e-s à se mutiler pour incarner plus qu’eux-elles-mêmes. Les basses se sont tus, mais vous vibrez encore. En sortant, vous rêverez peut-être de vous animer d’une même vie.

Prochaines dates à ne pas rater :

Image à la Une : Cecilia Bengolea & François Chaignaud / Dub Love © Hervé Véronèse Centre Pompidou.

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1 Comment

  • Répondre septembre 28, 2016

    DFS | Carnet d'Art

    […] ont par le passé réussi à mêler leurs univers, notamment au travers d’un Twerk ou d’un Dub Love qui sublimaient la danse contemporaine et portaient à son paroxysme un séduisant amour pour la […]

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