DFS

La création qui se cherche.

Bousculant les codes de la danse contemporaine, Cécilia Bengolea et François Chaignaud mêlent leurs univers et se sont imposés comme des maîtres dans leur discipline. Malheureusement, DFS se révèle comme une création en WIP.

Derrière WIP, comprenez work in progress, c’est un des sentiments principaux qui vient à l’esprit quand l’on sort de cette Création 2016, ainsi longtemps nommée dans les programmations des différents festivals et lieux de diffusion. Maintenant dénommée DFS, « Dancehall Fucking Soundsystem » ? ne cherchez pas, il ne s’agit que là d’une interprétation car la compagnie ne souhaite pas s’exprimer sur le titre… cette création laisse un goût amer d’inachevé…

Cécilia Bengolea et François Chaignaud ont par le passé réussi à mêler leurs univers, notamment au travers d’un Twerk ou d’un Dub Love qui sublimaient la danse contemporaine et portaient à son paroxysme un séduisant amour pour la scène et des chorégraphies uniques. Mais, « les histoires d’amour finissent mal en général »… En France, plus d’un couple sur deux finit par divorcer et c’est une idée qui fait son chemin. À vouloir à tout pris mêler des inspirations singulières et opposées, on en arrive à se perdre. Et c’est bien là tout le problème, on se perd et c’est dérangeant, plus que dérangeant, ce qui multiplie les questions.

DFS a pour leitmotiv de vouloir se faire rencontrer les chants médiévaux suite à la découverte de François Chaignaud de la polyphonie géorgienne et le dancehall, danse d’insoumission chère à Cécilia Bengolea qui raconte une partie de la vie de la population de Kingston en Jamaïque. Connaissant le travail commun des deux artistes, il y a de quoi s’attendre à une petite perle. Mais ne serait-ce que sur la partie chantée, il y a une grosse lacune alors que l’on peut garder en mémoire des créations de François Chaignaud en solo comme Dumy Moyi ou dans des collaborations comme Icônes, avec Phia Ménard et plus récemment Radio Vinci Park avec Théo Mercier. Là, la voix si envoûtante et hors des sentiers vocaux de Chaignaud retentissait dans toute sa splendeur. Dans DFS, les chants sont lissés et nivelés par le bas aux côtés des danseuses, aussi performantes soient-elles, chanter est un autre domaine, on ne peut presque pas leur en vouloir. Elles sont en effet époustouflantes en évoluant dans des mouvements propres au classique sur une musique vibrante.

Il y aurait même une certaine cohérence si ce n’est lorsqu’on bascule avec une vidéo dans laquelle un homme esquisse quelques pas de danse, tous la regarde attentivement, nous aussi. C’est à partir de ce moment là que le (vrai) décrochage s’amorce. Depuis un certain temps nous avons bien compris qu’une bonne partie des acteurs du spectacle vivant ont une affection non négligeable pour les projections en plateau mais utiliser la vidéo comme pur accessoire n’est pas smart and cool. Cette dernière a même tendance à desservir une création, malheureusement. La descente continue quand un des danseurs cherche à faire venir des personnes du public sur scène, on comprend vite que le but est de faire danser les gens. Mais là encore se pose un problème, que cherchez-vous à faire ? chacun peut-il être acteur de la pièce ? est-ce qu’il y a une volonté de démocratiser la danse et de la rendre accessible à tous ? est-ce le reflet de mois de travail et la corrélation au fait que le succès des danses en Jamaïque passe par le plus grand nombre de pratiquants ? Ce flash mob organisé ne fonctionne pas même si la majeure partie du public encourage ses camarades d’un soir à aller se lâcher sur le dancefloor et à suivre les conseils chorégraphiques. Cela est tout à fait anecdotique, mais le petit chien sur scène, aussi mignon soit-il, est assez déroutant. Si on est un peu exigent envers l’acte scénique, on touche du doigt quelque chose de très gênant, est-ce que l’on doit voir une quelconque métaphore de la pure liberté qui n’est pas tenue en laisse ? il ne faudrait tout de même pas prendre le spectateur pour un mouton de panurge, friand de tout ce qui lui est proposé.

Tous les ingrédients semblent être réunis pour faire de DFS une pièce majestueuse mais comme celle-ci semble être en work in progress depuis sa première au Festival de La Bâtie – Genève, nous allons nous donner rendez-vous en fin de saison… La critique est elle aussi en WIP ; « J’ai confiance, ça va grandir », confie François Chaignaud lors de la rencontre après spectacle à la Biennale de la danse de Lyon…

Photographie à la Une © François Chaignaud.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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