Happy Island

Une humanité sensible.

Créé dans le cadre de La Bâtie – Festival de Genève, La Ribot et les interprètes de la compagnie Dançando com a Diferença signent avec Happy Island une pièce sensible et pleine d’humanité.

Créé par La Ribot, Happy Island est avant tout une histoire de rencontre, celle avec une compagnie de danse inclusive portugaise Dançando com a Diferença installée sur l’île de Madère et dirigée par Henrique Amoedo. Depuis vingt ans, ce dernier mène un travail nécessaire envers des personnes qui sont en situation de handicap – qu’il soit visible ou invisible – par le biais de la danse inclusive. Cette pratique ne relève pas de l’art thérapie mais s’inscrit plutôt comme une philosophie qui valorise, respecte et célèbre la diversité de chacune et chacun. Sur un autre aspect, il s’agit aussi de casser les pratiques discriminatoires, de transmettre à l’autre des clés qui peuvent aller bien au-delà de la « seule » représentation sur un plateau. Toutes ces notions (et bien plus encore) transparaissent dans Happy Island qui se révèle être une pièce pleine de sensibilité, d’humanisme et dont on peut faire une lecture politiquement engagée.

Happy Island © Caroline Morel Fontaine.

Sur le fond de scène est projeté en continu un film réalisé par Raquel Freire. Les images invitent d’emblée à plonger dans un univers onirique, mystérieux et enchanté où des arbres semblant centenaires et des plaines verdoyantes sont baignés dans un voile de brume. Aucune présence dans ces paysages filmés au début ; c’est un être vêtu d’une combinaison doré qui apparait en plateau. Lui succède une autre interprète à qui est transmis une coiffe de plumes. Elle fait plusieurs tentatives pour se faire une queue de cheval dans des mouvements et tremblements involontaires de son corps. L’entièreté de celui-ci semble mobilisée pour arriver à faire ce qui est pour beaucoup, ce simple geste du quotidien. Cela révèle l’ampleur de l’acte scénique qui est en train de se jouer sous nos yeux, rien n’est anodin. S’extrayant de son fauteuil, elle « se jette » au sol et on peut percevoir ici une forme de brutalité dans sa « chute », dans l’effort qui est demandé au corps pour être là, en cet instant.

Petit à petit, on découvre les trois autres interprètes et chacun se révèle dans sa singularité. Parallèlement à cela, les autres danseurs de la compagnie apparaissent dans les images du film. Par leurs actes sont clairement abordées les questions de sexualité, de pluralité des désirs quand ceux-ci sont liés à la différence. Ces interrogations se jouent également en plateau notamment via le solo d’une femme vêtue d’une robe en tulle rouge évoluant les yeux bandés comme pour marquer « ce que l’on n’aborde pas ». Dans nos sociétés, il est des sujets qui peuvent être qualifiés de tabou comme si aborder cela nous faisait peur ou comme si l’on mettait une barrière. Happy Island casse cela et le met en lumière avec justesse.

Happy Island place l’humain au centre du processus de création en révélant des êtres qui nous plongent dans une expérience de relation sensible à l’autre, dans le désir d’exister.

Image à la Une © Caroline Morel Fontaine.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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