Jacqueline Devreux

Portrait de l’artiste par un mégalomane.

Jacqueline Devreux, « J’aurai ta peau », Galerie Pierre Hallet, Bruxelles, du 16 avril au 4 juin 2016.

Si j’étais Jacqueline,

Je trouverais magnifique qu’un seul de mes gestes aide à changer la vision des femmes. Je continuerais de décliner les reflets du miroir de l’Origine sans forcément le montrer. Je pourrais regarder le monde en me mettant dans la position de sujet du regard. Je deviendrais la photo ou le tableau et je regarderais les gens en train de regarder. Le but ne serait pas de dévoiler ce que je vois, mais de rendre visible ce point de vue invisible.

Je collaborerais avec un homme : Gustave Courbet pour continuer son travail mais surtout je prendrais symboliquement la place de toutes les femmes et en même temps, je poserais mon regard sur tous les hommes. Je raconterais la nudité féminine à travers le regard mis à nu des hommes.

Je donnerais aussi au modèle un statut d’artiste. À travers ce renversement, je questionnerais : Qui est le dominant, qui est le dominé ? Qui est l’artiste, qui est le modèle ? Qui est le sujet, qui est le spectateur ?

Ma technique consisterait à abandonner toute idée de maîtrise. Je travaillerais beaucoup pour que chaque pose, soit parfaite. Dès que je me mettrai au travail je n’aurais plus peur. Je deviendrais spectatrice, il y a aurait un transfert. Tout se mettrait en mouvement autour de moi. Ce serait était un ballet. La femme qui se mettrait devant moi ne me cacherait pas : elle me révèlerait. Je serais l’origine, je serais toutes les femmes, « vierge comme l’eau créatrice du sperme » (Adonis). Ce qui n’évacuerait pas la question : Qu’est qu’être vierge, si l’on considère que le sperme est créé par la vierge elle-même ? Je prendrais donc aussi la pose de la Vierge Marie. En la projetant dans le tableau de l’origine du monde, je lui redonnerais un sexe.

Mais mon geste irait bien au-delà du caractère sexuel pour devenir un symbole. Mes prises n’auraient rien d’exhibitionnistes. Le déshabillé, la nudité ne seraient pas des transgressions. Mon travail résulterait d’un ensemble de choix. Face à la surexposition du sexe dans notre société, mon geste n’aurait  rien de transgressif. Il s’agirait d’un simple déplacement. La seule chose qui m’intéresserait serait d’aller au bout de mon geste pour en extraire ce qu’il y a de plus beau.

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