La lyre du rhapsode

La Lyre Du Rapshode
Le bruit du temps ordinaire contre la barque, d’une rive à l’autre, et l’eau du fleuve qu’on avale pour sauver les souvenirs du voyage… non… Le nocher, à l’avant de l’écoulement monotone, suivant le courant et l’eau létale du coma qui transit la parole… non… À l’horizon, l’anesthésie, miroir aux profondeurs fatales… non… Et bientôt la lyre qui s’enlise dans l’onde imperméable… non…
Contre les progrès du rien.
Contre le sommeil.
La poésie pourfend les fleuves et nous plonge dans le gouffre.
……..Brusquement tiré par les chevilles, on se sent aspiré par un tourbillon, et dans l’obscurité on reçoit un coup violent sur le crâne. Au moment où l’on croit perdre son visage survient une voix invisible mêlant vérités obscures et paroles incohérentes.
……..Aussitôt que la muse a tu les paroles du temps, on est saisi de bouffées délirantes : « Ils plieront sous le manque, les matins… Oh, comme on a crié pour qu’ils n’implosent pas ! On a crié… à s’en faire saigner la voix… Mais combien encore ? Et combien de soirs, hein ? Combien de cercles à sentir dans l’ombre ? La ronde des peines et des joies ?… Et combien de tours avec la nuit ? Encore sur les spirales ! À renverser le ciel… À s’en faire saigner la voix ! Combien de jours, hein ?! Et les cris au feu, combien ? À faire déborder l’aube, les cris… À s’en faire saigner la voix ! Et combien de matins encore ? Et combien de morts, hein ?… Ils plieront sous le manque, les matins… Oh, comme on a crié… »
……..Nul ne s’enfuit des flammes intarissables ; seule la rumeur de l’enfant joueur traverse le feu. À la faveur d’une éclaircie fugace sur les délires cosmiques :
POÈME À L’ENFANT ROYAL
À chérir l’enfant jouant au hasard
Des pions, sourire innocent, lui, l’absence
Aux regards ; — pour lui cette intime oblation.
Ô silence qu’émet son éclat d’ange
Rieur, rumeur enchantée… À chérir
Les couleurs à sa couronne de clarté…
Neige sur la répétition des temps,
Chant de nuit pour le recommencement…
Grande affirmation : au ciel ébloui,
Rire et acquiescement ; — amour à lui…
À sa royauté, danse à l’horizon…
À l’enfant royal, intime oblation.
Le temps est fait de feux et de nuits.
Le temps n’avance pas.
Le temps roule sur la lyre du rhapsode.
Le temps est tout l’amour que je porte — ici et là.
La Diffraction – variation orphique n°10

La Diffraction – variation orphique n°1

Avec « La lyre du rhapsode », Arthur Yasmine poursuit le travail initié dans son premier livre intitulé Les Clameurs de la Ronde. Forme de poésie qu’il reprend aux tout premiers poètes de l’Occident, il use de la rhapsodie pour produire de l’unité face aux fragmentations postmodernes de nos temps désœuvrés. « La lyre du rhapsode » se montre ainsi comme le rapiècement des éléments hétérogènes qui entourent la parole du poète orphique. C’est un véritable art poétique de la rhapsodie. On peut lire les premières rhapsodies d’Arthur Yasmine dans Les Clameurs de la Ronde paru aux éditions Carnet d’Art en mai 2015. Ce livre est disponible à l’achat au lien suivant.
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