La maladie de la guerre

Visage des poilus égaré sur la route du temps. Appel.
Recherche des autres. Recherche de l’harmonie suffoquée.
Ceux qui ne parlent plus s’expriment pourtant encore par la bouche.

Tenter de faire sourire le cadavre. Mais celui que la vie a quitté exige une autre histoire
Avec une autre fin. Il faut le regarder non pour guérir
Juste pour comprendre que personne ne peut se sauver de la maladie de la guerre.
Écoutons ce que dit la souffrance dans la densité de son silence sans fond.

Il ne s’agit plus de mourir.
Les blessures du passé ne demandent qu’à s’asseoir près des monuments
Dans un besoin mélancolique de partager le chagrin du temps
Et de trouver dans l’ossuaire de Douaumont la vie cachée.
Comment ne pas être touché par son silence ?

Les crânes restent la boiserie des corps allongés devant la vie hostile
Crûment crue, carrément criminelle. Ils sont là pour montrer à ceux qui restent
Combien sont forts leur chagrin et notre peine.
Leurs squelettes emmitouflés sont des coups de poing.

Avec ce qui reste de leurs lèvres rongées
Les morts demandent encore pardon. Mais de quoi sinon des cicatrices faites à la terre ?
Peut-être devrions-nous compter les journées de joie
Sur les doigts de leur main morte.

Des tiroirs de glaise où l’on tenait les corps
Ils se sont avancés tels des déments pour des noces à venir
Ils hurlent ce qu’on ne veut entendre. Leurs larmes sont invisibles depuis le temps.

Dans le formidable cortège humain
La mort une fois de plus a recommencé sa tache.
Elle était là. Elle est là. En bonne camarade.
Nous sommes ses poilus, ses égarés provisoires. Notre foule est de plus en plus compacte
C’est peut-être déjà trop. Ou encore trop peu.

Tandis qu’une lumière blanche étalait les corps sur la Marne
Pour qu’ils deviennent vanités.
Elle fait de nous leurs orphelins d’un seul jour à l’aune de l’éternité.
Quel que soit notre pari ils tiendront.
Ce sont eux les primitifs de notre futur.

Extase pourrissante de la chair soumise à la jubilation de la vermine.
Il n’y a pas d’autre jour que celui où le singulier
Se dilue dans le tout.
Voilà l’issue
Avant que
Le gris-noir ne s’étende
Avant la nuit totale
Le bruit sourd du fleuve des morts.
Il y a toute la brutalité du marquage qui écrase ou soulève.
L’existence bat encore dans des couches denses où la couleur est presque absente.

Ce n’est là que silhouettes inhumaines ou trop humaines.
Soudain la vérité dérobe la vie
La mort dérobe la vérité par son jargon de l’authenticité.
Reste l’inconscient barbare,
Les spasmes telluriques d’un rite inaugural.
L’origine du monde est là.
Dans le tapage du canon.

Image à la Une © Faber.

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