Les éblouis

PRESCRIPTION CULTURELLE • ON VA AU CINÉMA

FILM « Les éblouis » par Sarah Suco le 16 janvier 2020 à 19h30 au Cinéma L’Auditorium Seynod, Annecy. Une projection suivie d’un débat animé par Alain Laplante pour Carnet d’Art.

Le drame de l’enfermement.

Ce premier opus de Sarah Suco nous entraîne et nous enferme progressivement au sein de la communauté religieuse de la Colombe basée sur le partage et la solidarité. Cette histoire fortement imprégnée du vécu de la réalisatrice adolescente réussit à la fois à nous tenir en haleine et à nous mettre face aux dérives sectaires d’une famille ordinaire.

Sous les yeux de la jeune héroïne Camille (Céleste Brunnquell formidable de courage et de ténacité), le récit de cet embrigadement avance inexorablement. Entraînée par le prêtre autoproclamé berger (Jean-Pierre Darroussin au sommet de son art) véritable gourou qui tisse sa toile et prend possession des esprits, la famille Lourmel se fond dans la communauté pour y perdre son libre-arbitre. Chacun certes croit y trouver ce qui lui manquait auparavant. La mère surtout à la fois fragile et enflammée (Camille Cottin qui se révèle dans un jeu juste et précis) à qui le gourou charismatique confie des responsabilités au sein de la communauté, le père (Eric Caravacca pétri d’amour) également naïf et déboussolé à la recherche d’une rigueur et d’un cadre qu’il avait perdus.

Seule au milieu de ce groupe familial, Camille, l’aînée de la fratrie, (double de la réalisatrice) s’obstine à ne pas fermer les yeux. Mieux, elle se révolte, conteste les ordres, se met en danger pour sauver son frère et sa sœur et par là même remet en cause la formidable et terrible construction de l’embrigadement tissé comme une toile d’araignée qu’elle va défaire violemment face à l’isolement de ses parents tombés dans un obscurantisme angoissant. Nous basculons alors dans une sorte de thriller haletant où une course contre la montre anxiogène s’engage et nous entraîne sans repos. Le spectateur espère quand Camille s’évade parfois pour rencontrer l’amour mais se désespère quand elle est reprise et de nouveau enfermée.

Sarah Suco maîtrise totalement un sujet ardu et qui pourrait basculer rapidement dans le pathos. Elle se révèle dans ce premier film comme une cinéaste de grand talent qui certainement saura nous proposer une prochaine œuvre aussi forte et originale.

Image à la Une © Pyramide Distribution (distributeur France).

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