Maja Polackova

Maja Polackova

découper la couleur.

D’origine Slovaque, aujourd’hui installée en Belgique, Maja Polackova revient aux sources d’une expression artistique singulière. Rencontre avec la délicatesse d’une artiste qui n’hésite pas à découper le monde pour nous en livrer une vision sensorielle.

Vous découpez des bonhommes dans des papiers journaux, n’est-ce pas une volonté farouche de votre part de rester dans l’enfance ?

J’aimerais bien rester au moins un peu dans l’enfance. J’espère d’ailleurs qu’il m’en est resté quelque chose. Mais en ce qui concerne ma création, j’ai l’impression qu’il faut chercher ailleurs. Peut-être qu’il faut descendre dans la préhistoire de l’humanité, vers le moment où naissait la première écriture. Le premier alphabet était en fait composé d’images du monde. L’aspect plastique n’a d’ailleurs jamais quitté l’écriture. Eh bien, ma démarche fait quelque peu le mouvement dans l’autre sens : je prends les morceaux des textes, des graphies et je leur redonne la vie d’images. C’est peut-être un voyage initiatique vers l’enfance de l’humanité. Une page du journal est un matériau intéressant pour cette recherche. Les cubistes ont introduit le journal dans leur travail à partir du 1906 et tout le XXème siècle artistique et non artistique y était confronté.

Vous dites « découper la couleur », une arme poétique que vous utilisez pour vous protéger d’un monde violent ?

L’expression « découper la couleur » vient de l’écrivain Paul Emond qui m’a regardé travailler et qui livre sa réflexion dans la publication du Musée Faure. Cela m’évoque d’autres termes à propos de mon travail : « le mouvement immobile » du philosophe belge Jacques Sojcher ou bien l’équation avec la gymnopédie de Satie de Danièle Gillemon, critique d’art également belge. Ici la question reste entière : introduit-on les rythmes musicaux dans les tableaux, engendre-t-on des mouvements pour les arrêter ensuite, découpe-t-on dans la couleur pour se protéger de quelque chose ? Où se trouve la source de la magie d’un langage plastique ? Quel est le cheminement entre l’art verbal vers l’art non verbal ?

Quel rapport y-a-t-il entre votre histoire et sensibilité personnelles et ce cri, douloureux ou pacifique, que vous adressez au monde ?

Il m’est très difficile, sinon impossible de répondre à cette question d’une façon directe. La création plastique est plus le fruit d’un travail que d’une volonté de livrer un vécu. J’adore aussi bien la création des tableaux que le moment où ils seront livrés aux regards des spectateurs. Car c’est bien le regard de celui qui se met en face de l’œuvre qui y imprime son vrai contenu. Je suis fascinée de voir à quel point un même tableau que j’ai réalisé peut susciter des lectures diamétralement opposées. Ainsi, là où une personne voit la joie, la danse, voire la liberté, une autre peut voir tout le contraire. Les émotions très personnelles et privées des visiteurs prolongent les signes, les formes et les couleurs des tableaux vers des mondes où l’auteur n’a pas d’accès.

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