On – Off

Sculpture musicale de Max Fueris.

Exemple de la 6ème BHN à Lyon et alentours.

Il y a environ trois semaines, j’ai été contacté par Max Fueris (compositeur-interprète) pour le rencontrer et éventuellement écrire un article sur une sculpture musicale, performance, On / Off, qu’il allait créer à la chapelle de la Buissière à Rillieux, avec Muriel Fueris (chanteuse), pour la 6ème Biennale Hors Normes (BHN).

Max est le fondateur de l’association ArtÂme, et comme il le dit lui-même cette association a pour but d’exprimer « l’art dans l’âme » en réunissant, au sein d’une structure, des gens d’horizons artistiques différents autour des créations de Max. Max est un artiste touche-à-tout, il joue de plusieurs styles de musique (jazz, cirque, funk…) dans plusieurs groupes mais s’intéresse aussi à l’écriture de scénarios, à la réalisation de vidéos, etc : ce qui l’intéresse par-dessus tout c’est l’interaction qu’il peut y avoir entre différentes formes d’art.

Aujourd’hui, l’association ArtÂme prend de l’ampleur sur la ville de Rillieux, elle multiplie les interventions (musique, cinéma, arts plastiques, etc) et compte, depuis 2012, une quarantaine d’intervenants.

Après notre première rencontre, nous nous étions donnés rendez-vous vendredi 16 octobre à 20h30 pour la découverte de sa performance, aussi appelée sculpture musicale dans le programme de la BHN. C’est donc avec curiosité que je partis vendredi soir de Lyon en direction de la chapelle de la Buissière.

Le temps était glacial mais je ne savais pas encore que la performance de Max et Muriel allait me réchauffer de contentement. La façade de la chapelle était habillée de deux toiles rectangulaires de chaque côté de sa porte d’entrée. À droite de la porte il y avait une toile représentant deux couples mixtes de personnes dénudées, deux étaient de face, deux autres de profil qui s’embrassaient, ils avaient des regards très expressifs et les femmes portaient chacune un enfant dans leur ventre, le tout dans une influence très picassonienne. De l’autre côté de la porte, à gauche, un corps nu, lui aussi, de profil, de couleurs sombres, en contraste avec l’autre toile, c’est une femme dont le regard est figé sous l’effet de la surprise ou de l’écoeurement. Enfin, la porte en elle-même est ornemantée de morceaux carrés de plastique coloré dont certains comportent des mots (New-Yorker, I Love Art,…) ou des dessins (un randonneur âgé), le tout assemblé horizontalement ou verticalement.

Une fois rentré dans la chapelle, c’est un autre lieu qui s’impose à moi : une scène au fond de la chapelle avec en son centre, presque collé au mur, une énorme oreille en mousse rose, entourée de deux tableaux en noir et blanc rappelant l’art des aborigènes australiens. Sur les murs, dans la longueur de la chapelle, des tableaux et beucoup de portraits réalisés par des personnes handicapées (association Les Toiles Filantes), habillent l’espace. En regardant les tableaux on remarque une multitude d’influences, on reconnaît Le cri expressionniste d’Edvard Munch, mais aussi des fragments d’oeuvres de Picasso, ou des noms d’artistes inscrits (Klimt, Lacroix, Van Gogh, Warhol, etc). Dans l’ensemble les différentes peintures proposent un art brut qui se diversifie à travers plusieurs approches (collages d’images, de textes, fragments de textes écrits sur les tableaux…), et plusieurs styles d’influences (cubisme, expressionnisme, impressionnisme, pop art, art abstrait…). À travers ces peintures, les personnes handicapées expriment leurs souffrances ou leur libération à travers et grâce à l’art. Par ailleurs, les couleurs des tableaux offrent un beau contraste avec les couleurs fades de la chapelle.

On - Off (2)

Puis vint le moment du spectacle. L’ambiance est plongée dans la pénombre. Seule la scène est éclairée. Puis c’est l’obscurité totale. Des sons pré-enregistrés, graves au rythme répétitif et légèrement saccadé, superposés à du bruit blanc, résonnent dans l’espace de la chapelle. Deux personnes (Max et Muriel Fueris) avancent dans un cercle de lumière projetté sur le fond de la chapelle. Les deux arrivants tentent de monter sur la scène au rythme de la musique mais il y en a toujours un qui empêche l’autre d’avancer.

Une fois sur scène, la musique va rentrer en résonance avec les composantes du lieu. Un larsen entre en écho avec la structure de l’oreille géante et des jeux de lumière accentuent cet effet dissonnant lié à notre ouïe. Plus loin dans la pièce, la spatialisation des élements sonores sera de mise, Muriel chante devant nous mais le son est légèrement masqué par la musique électronique et nous paraît très loin du fait de la réverbération du lieu. Nous sommes constament dans un rapport à plusieurs dimensions avec ce que l’on voit et ce que l’on entend : la musique électronique (que l’on entend) rentre en écho avec Max qui marche de manière robotique (que l’on voit) pendant que sa femme continue de chanter (que l’on voit et que l’on entend). À plusieurs reprises des éléments provenant de sources différentes, sont mis en relation, comme c’est le cas au moment où Max fait de la percussion avec ses pieds sur les marches en bois qui conduisent à la scène, et que ceci entre en écho avec la musique électronique.

D’autres parts, c’est le corps qui est mit en relation avec la matière (l’objet) et le lieu (l’espace) comme cela se constate lorsque Muriel danse avec une tablette en bois (relation corps / matière) ou quand elle danse avec les pieds immobiles sur la tablette (relation corps / espace). Un peu plus loin dans la pièce, Max joue de la percussion avec ses mains sur la tablette en étant allongé sur le ventre. Comme les couleurs qui se mélangent dans un tableaux de Claude Monnet, plusieurs composantes de la performance de Max et Muriel sont mises en relation toujours dans une dimension spatiale. La résonance des corps qui se disputent une baguette avec la musique électronique accompagnant la scène de manière un peu plus rythmée, contribue à mettre en relation des éléments ne provenant pas de la même source (opposition réel / virtuel) mais faisant partis de la même œuvre. La performance du couple Fueris, joue sur les oppositions, les illusions, et les coopérations entre les différents éléments, comme, par exemple, lorsque la musique électronique nous parvient de devant à l’inverse de la voix naturelle de Max qui nous vient de derrière : il y a ici une opposition spatiale ainsi qu’une différence de source émettrice (machine / voix ou virtuel / réel).

Par ailleurs, le geste est lié au son, ce qui ajoute un nouveau paramètre qui sculpte l’action scénique. Lorsque Muriel mime le fait qu’elle lance quelque chose avec sa main, on entend plus loin le son de l’objet imagé jeté : ceci peut-être perçu comme une illusion entre le « voir » et le « croire » du geste musical. De même, une voix amplifiée (celle de Muriel) par un micro, émet des sons brefs (« mais », « à », « ou », « et ») et donne vie à un chant gestuel-textuel – le geste est ici impliqué dans la prononciation de ces prépositions par le biais d’un jeu accentué. Tout ceci va culminer sur un climax sonore ou la voix et la batterie vont fusionner ensemble et vont se brouiller dans la réverbération de la chapelle pour annoncer la fin de la performance. Tout ce termine comme cela à commencer, dans la même ambiance sonore, les voix de Muriel et Max vont s’éteindre progressivement avant que les deux interprètes ne redescendent de scène dans un cercle de lumière pour repartir d’où ils sont arrivés.

Une sculpture musicale très réussie durant laquelle, le temps de la représentation, on se retrouve ailleurs, dans l’imaginaire de Max Fueris, plongés dans un hors-temps très apprécié.

On / Off :

Max = compositions musicales / interprétation

Muriel = chorégraphie

Site de Max Fueris & Linkedin.

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