Rune Guneriussen

L’apprivoisement de la culture par la nature.

Des lampes de bureaux électriques, des chaises, des téléphones ou encore des livres parsèment les paysages du pays natal de l’artiste Rune Guneriussen, la Norvège. Son œuvre explore la relation entre photographie et installation. Ça danse et virevolte dans tous les sens. Insufflés de vie, ces objets colonisent les arbres, les prairies ou encore l’eau et la mousse. Nature et objets ne font plus qu’un dans ces photographies douces. La poésie naît de l’harmonie surprenante du naturel et du fabriqué. Tout s’emmêle, fusionne, se repousse mais surtout se complète. L’un semble indissociable de l’autre. Les objets manufacturés sont à leur place dans ces camaïeux bleus, verts et marron. Une certaine innocence et pureté émane telles des fragrances nous guidant dans l’exploration de chaque œuvre. On contemple le chemin laissé par l’Homme. Ces éléments manufacturés sont d’ailleurs la seule trace de la présence de ce dernier. L’Homme, dans ces paysages vierges de son empreinte, n’existe pas par lui-même mais par une simple marque éphémère.

En effet, dès que Rune Guneriussen termine sa photo, tous ces éléments industriels disparaissent dans le sillon de l’artiste. Ce dernier ne laisse rien derrière lui, réfléchissant ainsi à une approche plus douce de l’environnement.  La notion de préservation est une clé dans son travail artistique. À la recherche de lieux singuliers, l’artiste se sert du paysage non comme d’un simple décor de fond mais comme sujet à part entière dans l’installation. Les anfractuosités, les irrégularités, les changements météorologiques et surtout la lumière donnent à la photographie cette atmosphère enchantée et presque irréelle. Cette lumière joue un rôle primordial dans le travail de l’artiste. Ce dernier attend l’instant parfait pour capturer le moment idéal à ses yeux. Ainsi, la lumière crue des lampes électriques virevolte et danse avec la lumière souvent bleuâtre de la nature environnante. Parfois c’est la lumière naturelle très vive et blanche qui contraste et met en exergue les livres colorés simplement posés. La nature et la culture, paradoxalement imbriquées d’une apparence immuable, s’équilibrent et s’apprivoisent par la dimension temporelle. Sans l’éphémère, ces objets industriels seraient-ils si gracieux dans ces endroits vierges de culture et absents d’humanité ?

 

 

Rune Guneriussen, Downfall, c-print, 131 x 91 cm, 51 x 35.5 in

Rune Guneriussen, Downfall, c-print, 131 x 91 cm, 51 x 35.5 in

© Photographie à la Une : Rune Guneriussen, At no Time Defeat Sunrise, c-print, 150 x 211 cm, 59 x 84 in.

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