Sarah Mikovski

Sarak Mikovski - Anne-Laure Etienne

La nouvelle voix de la chanson électro.

Sarah Mikovski est un duo lyonnais formé en 2012 et composé de Sarah, chanteuse, auteur et compositrice, et Teddy, savant tripatouilleur de potentiomètres.

Ils ont sorti au printemps dernier leur premier EP : six titres envoûtants et une production léchée mariant chanson française et musique électro. Les mélodies sont entrainantes, entêtantes, servies par des arrangements efficaces. Sarah Mikovski a le pouvoir alchimiste de transformer la pesanteur en légèreté, de faire de nos petits et grands problèmes des pépites. Au bout de ces presque vingt minutes de musique, on se sent mieux, muni d’une nouvelle certitude : il y a là affaire à suivre. Entre pâtisseries et thé au jasmin, musique contemporaino-kitch et Bach à la sauce jazz, Sarah Mikovski nous livre ses secrets.
Rencontre.

Comment vous définiriez-vous ?

Sarah : On fait de la chanson moderne : c’est de la chanson mais avec un instrumentarium ancré dans notre époque.

Quelles sont vos influences musicales ?

Sarah : La base de mes influences vient de la musique classique et en particulier la musique baroque que je pratique. J’ai aussi beaucoup écouté de jazz. Ces deux influences-là m’ont été transmises à l’école et ont été mêlées à des influences plus personnelles entendues à la radio, de la variété française au hip-hop, qui a bercé toute mon adolescence.

Teddy : Mes influences vont dépendre de la musique sur laquelle je travaille. Pour le disque de Sarah Mikovski, j’ai énormément écouté un groupe de musique électronique allemand, Mode Selektor. Même si le résultat ne ressemble pas du tout à ce qu’ils font, les écouter m’a permis de trouver de nouvelles idées quand j’en manquais. Sinon, j’ai commencé la musique en faisant du rap. J’ai eu un groupe pendant dix ans, je faisais les instrumentations à l’ordinateur. En même temps, j’ai appris le piano et je me suis beaucoup intéressé au jazz. Et puis le hip-hop m’a permis de me créer une vraie culture musicale car j’ai écouté beaucoup de musique étrange ou contemporaine que je me suis mis à apprécier et à utiliser dans mes échantillons.

Sarak Mikovski - Anne-Laure Etienne

Sarak Mikovski – Anne-Laure Etienne

Comment avez-vous appris la musique : à l’école ou en autodidacte ? Quels seraient les avantages de l’un et de l’autre ?

Sarah : J’ai été longtemps à l’école et j’ai appris beaucoup, tant sur le plan des connaissances musicales que sur le plan humain. Mais quand on veut faire de la musique actuelle ou de la chanson, il faut quand même garder son esprit d’autodidacte. Parfois, et c’est ce qui m’est arrivé, ce que nous sommes rentre en conflit avec les structures qui au départ étaient bienveillantes et porteuses. C’est le moment où une personnalité d’artiste s’affirme et peut se développer. L’école a rempli son rôle quand on s’est détaché d’elle.
Teddy : J’ai été à l’école, mais je pense que mon discours musical est avant tout issu de mon expérience personnelle. Les écoles m’ont donné des clés de compréhension pour la théorie musicale, mais elles m’ont surtout permis de rencontrer des gens qui ont créé des déclics en moi et m’ont appris à travailler seul.

Quelle est votre motivation pour faire de la musique ?

Sarah : Je fais de la musique et je suis sur scène depuis que j’ai onze ans, c’est ce que je sais faire. Et puis le défi qu’il y a dans le fait de créer quelque chose de A à Z, ça m’attire. Ça me pousse à construire des choses.

Teddy : C’est un endroit où je me sens libre, un des seuls où c’est facile pour moi.

Pourquoi avez-vous choisi un nom comme Sarah Mikovski, à consonance polonaise, sachant que votre musique n’a rien à voir avec la Pologne ?

Sarah : Il y a un côté absurde qui pose la question de l’identité. Notre prénom dit beaucoup de nous : d’où on vient, notre niveau social. Je trouve que c’est chouette de pouvoir changer ça sur scène et d’en rire. Du coup, je n’ai pas développé de personnage particulièrement polonais, je ne voulais pas faire de caricature mais ramener le spectateur à l’instant en l’obligeant à mettre ses questions de côté pour prêter attention à ce qui se passe sous ses yeux.

Sarak Mikovski - Anne-Laure Etienne

Sarak Mikovski – Anne-Laure Etienne

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Sarah : On s’est rencontrés dans un autre groupe, Over the Snare, dont j’étais la chanteuse et Teddy le claviériste. Je ne comprenais pas ce qu’il faisait, je le voyais comme un savant fou derrière ses claviers. Mais grâce à lui, mon oreille s’est affinée au fil du temps et j’ai vraiment pu entendre ce qu’il faisait, en quoi c’était créatif.

Teddy : Au-delà de la culture des synthétiseurs ce qui t’a attirée, c’est la culture des claviers, ce qui est très différent car les synthétiseurs sont des objets qui permettent de créer des sons alors que les claviers fonctionnent comme un instrument de musique standard. J’en utilisais beaucoup dans Over the Snare : un Wurlitzer, un orgue, un Pianet…

Sarah Mikovski était d’abord un projet solo. Comment l’intégration de Teddy dans le projet s’est faite ?

Teddy : Ça a été très progressif. J’avais entendu les chansons de Sarah, elles étaient vraiment bien mais je trouvais qu’elle n’avait pas les bons instruments pour s’accompagner. Du coup, je lui ai proposé de lui prêter des claviers. Après, comme je faisais du son, je suis monté sur scène pour contrôler le son général. Puis on a imaginé ajouter des boîtes à rythme et on a finalement décidé de faire de la musique ensemble. Aujourd’hui, ça marche, mais rien n’est figé.

Sarak Mikovski - Anne-Laure Etienne

Sarak Mikovski – Anne-Laure Etienne

Sarah, tu écris entièrement les textes et les musiques tandis que Teddy s’occupe des arrangements. Est-ce qu’il vous arrive de partager autrement les rôles ?

Sarah : Il n’y a pas un procédé fixe quand on travaille ensemble. Comme notre duo est une collaboration entre deux personnalités très fortes, il faut avoir à la fois confiance dans les idées qu’on apporte soi et dans celles de l’autre, sachant qu’il a envie de faire au mieux. . Je ne connaissais presque rien à l’électro avant de rencontrer Teddy, qui lui ne connaissait pas grand’ chose en chanson. C’est là où interviennent la confiance et le respect du domaine de compétence de l’autre.

Teddy : Aucun de nous deux n’est soumis, on est plutôt d’accord en général mais c’est l’avis de Sarah qui tranche parce que ne sont pas mes chansons. Je n’y mets pas la même chose que si je les avais composées.

Sarah, tu n’as pas commencé la musique par la chanson. Comment en es-tu arrivée là, pourquoi as-tu eu le besoin à un moment donné de mettre tes propres mots sur des mélodies ?

Sarah : Je n’ai pas commencé par la chanson mais j’ai composé assez vite. Comme j’ai toujours aimé les voix, je me suis mise à écrire pour mes amies chanteuses. Je trouvais intéressant de m’adapter à leur voix, leur univers. Après, j’ai fait du jazz mais comme je n’arrivais pas à m’intégrer à des groupes préexistants, j’ai monté mon propre tour de chant afin de pouvoir faire mon métier où que j’aille. C’est vraiment parti d’une considération pratique et c’est devenu un vrai projet artistique.

Il y a sur votre disque un beau mélange entre voix, sons synthétiques et claviers. Le résultat est très chaud mais ça ne doit pas être facile à obtenir.

Sarah : Teddy a fait un bon travail de recherche pour trouver un son qui s’accorde au style des chansons. Le but n’était pas de faire de la variété très produite mais de garder un esprit « live » sur le disque.  On a utilisé des claviers vintage et choisi les amplificateurs pour leur timbre. C’est ça qui fait que le son n’a pas ce côté froid : ce n’est pas uniquement des machines qui rentrent dans un ordinateur.

Sarak Mikovski - Anne-Laure Etienne

Sarak Mikovski – Anne-Laure Etienne

Comment vous situez-vous dans le paysage musical en France ? Avez-vous le sentiment d’apporter quelque chose avec l’utilisation des claviers et des synthétiseurs, de vous inscrire dans un nouveau courant de la chanson française ?

Sarah : La chanson, c’est juste du texte en français. Il n’y a pas de style musical dominant car ce genre puise dans les musiques de son époque, du jazz à la musette en passant par l’électro. En ce sens, on s’inscrit vraiment dans une tradition. C’est aussi le style dont je m’inspire le moins, du coup, je suis plus libre que dans d’autres styles comme le jazz où je me sentais bloquée par certains canons esthétiques. Dans la chanson, le côté populaire permet d’aller explorer beaucoup d’idées musicales, même s’il y a quand même des codes très forts.

Teddy : En ce moment, Christine and the Queens marche bien. Elle fait des arrangements de style électronique ambiant. Ça ne ressemble pas du tout à ce qu’on fait mais ça s’inscrit dans le même courant. Aujourd’hui, davantage de personnes ont chez elles un ordinateur plutôt qu’une guitare. Ça crée forcément de nouvelles façons de penser la chanson, on n’est vraiment pas les seuls à faire ça.

Sarah : À Lyon, il y a Billie, un autre groupe dans lequel joue Teddy. C’est aussi de la chanson accompagnée par de l’électro mais le résultat est complètement différent.

Teddy : Dans Sarah Mikovski, je ne pense pas l’arrangement en fonction d’un style musical, je m’appuie vraiment sur la chanson alors que dans Billie, c’est la stylistique qui prend le dessus. Sarah Mikovski est vide de toute esthétique préconçue, c’est pour ça qu’on peut la ressentir comme une musique qui apporte de nouvelles choses. On ne cherche pas à coller à une esthétique mais à faire en sorte que les chansons fonctionnent.

T’inspires-tu d’expériences personnelles pour écrire tes textes ou vas-tu chercher dans ton imaginaire pour que ça puisse parler à d’autres gens ?

Sarah : Quand on commence, on s’inspire de ce qu’on voit, de ses amis, de soi. J’ai écrit plus de cinquante chansons aujourd’hui, j’ai épuisé cette source. C’est là que le vrai travail commence car plus on se détache de soi et de son quotidien et plus on se rend compte que le monde est vaste et qu’on ne connaît rien. Il faut donc élargir son cercle le plus possible en faisant des recherches et en s’ouvrant sur le monde.

Teddy : C’est une façon de voir parce que même quand tu écris sur des thématiques qui semblent éloignées de toi, elles sont liées à ton expérience. C’est juste ta façon de les présenter qui n’est pas biographique.

Sarah : En fait, il faut sortir de l’autobiographie et faire en sorte que la seule part de soi qu’il y a dans ses chansons, c’est le regard : comment je vois les choses et comment j’en parle. C’est de l’autobiographie de façon plus sous-jacente.

La chanson qui ouvre l’EP, « Le camp des perdants », parle des difficultés rencontrées par ceux qui ont envie de réussir. Que signifie, pour vous, la réussite en musique ?

Sarah : Réussir sans autre objectif que la réalisation de soi. J’ai longtemps fait l’erreur d’être très compétitive, mais c’est une façon de voir la vie qui empêche de créer et entraine des sentiments négatifs. On n’est pas bienveillant, jamais content de soi…

Teddy : On est souvent déçu quand on se fixe des objectifs. Ne pas en avoir, c’est trouver ce qui nous correspond vraiment et c’est pour ça que ça fait peur. En ça, cette chanson me parle beaucoup. Tu as utilisé les termes de gagnant et perdant dans ton texte mais l’étape suivante, c’est justement de ne pas penser en termes de gagnant et perdant. Je ne suis pas en compétition, ni avec les autres, ni avec moi-même. Du coup, je fais plus de choses parce que je me mets moins la pression.

Sarak Mikovski - Extrait du clip réalisé par Clément Fessy.

Sarak Mikovski – Extrait du clip réalisé par Clément Fessy.

« La guerre » est la chanson engagée de ce disque, à la fois antimilitariste, pacifiste, féministe et anticolonialiste. Est-ce important pour toi d’écrire des chansons engagées ?

Sarah : Dans la société, il y a des choses qui me touchent et la musique est un moyen d’expression qui permet de les partager. Je n’ai pas vécu de guerre mais c’est un thème qui m’interroge. J’ai écrit d’autres chansons engagées : une contre le viol, je suis en train d’en écrire une sur la prostitution… Les thèmes féministes me touchent assez et je vais sans doute écrire une chanson sur l’écologie. Mais je ne tiens pas à ce qu’on me considère comme une chanteuse engagée parce que je ne suis pas militante, ni dans la vie, ni dans la musique. J’essaye de rester juste et de ne pas tomber dans la démagogie. Ce que j’aime dans la musique, c’est son côté merveilleux, son potentiel d’évasion et d’optimiste. Quand on est vraiment engagé, on ressasse trop les problèmes.

Teddy : Le fait d’être autoproduit, c’est une forme d’engagement. Mais le terme « engagé » est utilisé de façon abusive. On y voit tout de suite un côté militant, une volonté de convaincre. Je trouve que quelqu’un est beaucoup plus engagé par ce qu’il fait dans son quotidien que par ce qu’il dit sur une scène.

« Éléphant »  est une chanson qui dégage une émotion très forte. Le personnage refuse sa forme humaine et décide de se transformer en éléphant. Est-ce que la scène permet de s’échapper de soi ?

Sarah : Parce que j’ai un personnage, oui. Il y a une vraie métamorphose mais ça a été très progressif. Au début, Sarah Mikovski, c’était juste un nom. Maintenant, c’est aussi une manière d’être sur scène. Je viens du piano-bar et il fallait parler au public pour qu’il m’écoute. J’ai gardé cette habitude parce que je suis à l’aise avec ça. Du coup, mon personnage parle au public et fait des blagues !

Teddy : Tout le monde joue des personnages dans la vie, mais sur scène on peut l’assumer, ce qui fait que je joue un personnage automatiquement. À cause du regard du public, il faut trouver celui qui correspond à l’instant. Le déguisement, le masque, le travestissement peuvent aider, ce sont des choses avec lesquelles j’ai envie de jouer dans l’avenir. J’aime surtout l’idée du masque, qui est une tradition dans la musique électronique. Parce qu’on ne chante pas et qu’on joue des machines, il y a des moments où l’on ne fait rien. Du coup, c’est important de développer le visuel. Ça rejoint aussi un aspect tribal de notre musique, comme dans le clip de « Au bord de la Seine » où je joue des percussions et je danse.

La dernière chanson, « La fin du monde », fait référence à l’apocalypse annoncée au mois de décembre 2012. Comment te positionnes-tu par rapport à l’actualité ?

Sarah : Ça peut être une source d’inspiration, mais pas systématiquement. Je n’ai pas vraiment de méthode. Je trouve cette chanson très représentative de mon univers : je prends un thème horrible et ça finit par une blague joyeuse et entraînante.

C’est important, pour toi, de donner de la légèreté ?

Sarah : Oui. Plus c’est triste, plus il faut être léger. Mon but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières.

Vous avez sorti un premier EP en autoproduction, comment voyez-vous l’avenir ? Avez-vous de nouveaux projets ?

Sarah : On veut changer certains instruments, travailler avec un ingénieur lumière, on compose. Et on recherche des partenaires pour faire une tournée et éventuellement produire un premier album.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Teddy : Que ça continue sur la même lancée, que ça ne s’arrête pas comme ça parce qu’on est contents de ce qu’on fait. Et pour qu’on continue à être contents, il faut qu’il arrive de nouvelles choses.

Sarah : Du courage. Plein de surprises, plein de chansons, plein d’idées. Surtout des idées.

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A ne pas louper :
Sarah Mikovski sera en concert le 10 octobre au Jack Jack, Bron (69), le 8 novembre à la médiathèque de Sury le Comtal (42) et le 13 décembre en première partie de Batlik à la Salle des Rancy, Lyon (69).

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