Slogan

Slogan. Un nom qui sonne comme un programme. Un manifeste. En ce printemps propice aux élucubrations politiques, c’est pourtant du côté du cinéma qu’il faut chercher la référence. Clémence, Nicolas, un duo tout frais fait de chanson, de poésie, de musique électronique, voilà Slogan. Un bourgeon avant la manif, une envie de noir et blanc, faire du neuf avec du vieux ou le contraire. Quoi que l’on se conte. Comme ça, pour la beauté du geste. Printemps été, traversée de Lyon en vélo’v, rue Sainte-Hélène et ces mots en japonais. Quelle belle saison pour naître.

Pouvez-vous vous présenter ?

Clémence : J’ai vingt-quatre ans. Petite, j’ai pris des cours de chant et de violoncelle dans un conservatoire municipal, puis j’ai chanté dans un orchestre de jazz pendant deux ou trois ans. Depuis quatre ou cinq ans, je ne faisais plus rien si ce n’est m’amuser avec mon ukulélé ! J’ai recommencé la musique depuis que j’ai rencontré Nicolas et qu’on a monté Slogan, et je me suis acheté un synthétiseur.

Nicolas : J’ai vingt-six ans. J’ai commencé la musique en jouant de la batterie. J’ai une formation jazz. Puis j’ai commencé à jouer de la guitare acoustique et du piano en autodidacte. J’ai écris mes premières chansons, monté mes premiers projets, fait mes premiers concerts. Depuis le début, la poésie est fondatrice, la musique est presque un prétexte. Ensuite je suis venu à Lyon, j’ai fait un projet de chanson française, tout seul, mais je n’ai rien sorti, je n’étais pas prêt. Puis j’ai monté un projet qui s’appelle Culottes courtes et dans lequel je joue toujours. Au début c’était très punk, après chanson, après rock et maintenant on ne sait plus trop quel est notre style musical ! J’ai commencé à faire des concerts avec ce projet-là. Le tournage de notre dernier clip s’est très mal passé mais j’ai rencontré Clémence. On a monté Slogan un peu par erreur puis c’est devenu un projet tout aussi important que le reste. J’ai aussi un autre projet qui s’appelle Texas Menthol.

Comment avez-vous choisi votre nom ?

Clémence : Pendant très longtemps, on s’est appelés « On verra demain » parce qu’on avait la flemme de trouver un vrai nom ! Quand on a décidé de sortir un EP, on s’est dit qu’il serait temps d’en avoir un. On a commencé à chercher mais dès que j’aimais un nom, Nicolas n’aimait pas et vice versa donc c’était compliqué.

Comment Slogan est venu au final ?

Nicolas : C’est un film avec Serge Gainsbourg et Jane Birkin, ils se sont rencontrés sur ce tournage. On trouvait drôle de faire ce parallèle désuet. Ça n’a rien à voir avec la politique ou la publicité !

Pouvez-vous décrire votre musique ?

Nicolas : On veut mélanger des références des années 1970 un peu inavouables, des esthétiques épurées avec quelque chose qui relève du conte, d’une certaine poésie. On appelle ça de l’électro-ciné-club parce que c’est de la musique électronique et qu’il y a cette empreinte du cinéma, de la narration.

Quels sont vos réalisateurs ou films fétiches ?

Nicolas : Éric Rohmer ! Et Maurice Pialat.

Clémence : Jean-Luc Godard, bien sûr. Nous sommes des clichés ambulants ! Quoi d’autre ? Jacques Demy. Les parapluies de Cherbourg, Peau d’âne, Les demoiselles de Rochefort

L’aspect narratif du cinéma vous intéresse autant que les univers visuels ?

Clémence : Oui. Chez Demy, c’est aussi la musique qui nous intéresse. Michel Legrand est à la composition et on ne va pas se mentir, ça envoie du fat ! Il y a des moments de chœurs complètement improbables, on aime beaucoup. C’est bizarre parce qu’on est plutôt friands de drames — Pialat, c’est quand même assez lourd — et à côté on aime ces chœurs très joyeux. On est bloqués entre gravité et légèreté donc on fait les deux.

Dans la façon dont vous envisagez l’univers visuel de Slogan, est-ce que l’influence du cinéma est importante ?

Clémence : Au début, on y avait pensé. Pour notre première séance photo, on voulait quelque chose de très Nouvelle Vague mais ça n’a pas marché.

Nicolas : Ça faisait cliché. Et puis notre musique a un côté plastique, froid, numérique. Une image pure, sans artifice convient mieux que quelque chose de plus intrusif avec caméra au poing et gros zoom.

Finalement, l’univers cinématographique lié à la Nouvelle Vague nourrit plutôt le contenu tandis que votre univers visuel naît de la musique.

Nicolas : La Nouvelle Vague nourrit aussi les textes. Mais il y a de très bons réalisateurs actuels qui pourraient coller avec l’univers de notre clip. Je suis fan de Leos Carax, Holy Motors est mon film préféré. [« Je continue comme j’ai commencé, pour la beauté du geste » est une réplique de Holy Motors que Nicolas a reprise pour la chanson « La beauté du geste », ndlr.]. Il y a aussi des esthétiques assez marrantes qui se sont développées dans les séries. Il y a un côté stérile dans la façon dont elles sont faites. Toutes les productions ont ce côté Wes Anderson en plus froid. Tout est toujours très symétrique, hyper calculé. Si on peut faire un mélange entre cette esthétique et quelque chose de plus spontané, ça peut être marrant.

En musique, qu’est-ce qui vous nourrit ?

Clémence : Avant de rencontrer Nicolas, j’écoutais beaucoup de vieux rock’n’roll, du garage, de la surf music, les yéyés… J’écoutais très peu de choses actuelles. En cherchant des sons pour Slogan, je me suis rendue compte que  j’avais une idée fausse de la musique électronique et j’ai commencé à écouter des choses plus actuelles. Mais à la base, j’étais très branchée sur les gens morts !

Nicolas : Cette direction a été très importante pour la naissance du projet.

Clémence : Sans ça, je pense qu’on n’aurait pas ce côté rétro, notamment dans « La beauté du geste », qui a un côté presque Dalida — je suis très fan de Dalida. Il y a aussi Serge Gainsbourg et Birkin, Serge Gainsbourg et Bardot, même Gainsbourg et Deneuve, tous les duos qu’il a pu faire. Personnellement, je trouve que Nicolas a un petit côté provoc’ à la Dutronc.

Nicolas : Je ne sais pas, je n’imagine pas Dutronc provocateur. Mais pourquoi pas, j’aime bien Dutronc !

Clémence : Après, Nicolas m’a fait découvrir un artiste qui a changé ma vie…

Nicolas : …et qui va changer la vie de tout l’univers !

Clémence : Arnaud Fleurent-Didier !

Nicolas : J’ai ri aux larmes quand j’ai écouté pour la première fois ses chansons. Même quand c’est glauque, ça me fait rire ! Les textes sont fous, la musique est décalée… Il utilise des codes ringards et nuls mais il le fait avec tellement de spontanéité et de hauteur que c’est hyper cool. J’aime aussi son côté débrouillard. Pour son album La Reproduction, il a tout fait tout seul. Les prises de son ne sont pas parfaites mais il a une vision artistique. Et puis c’est un album très intime.

Clémence : Notre musique ne ressemble pas forcément à ce qu’il fait mais il nous a beaucoup inspirés.

Et en musique électro, qui est-ce qui vous inspire ?

Nicolas : Gesaffelstein, c’est un Lyonnais. Le premier album qu’il a fait est fou, il a fait plein de collaborations avec des artistes, des peintre qui font des trucs barrés. Le premier album de Justice aussi, j’ai eu un choc quand il est sorti, en 2007. À l’époque, j’étais au lycée, j’écoutais plutôt du rock et soudain, des mecs comme Sebastian et Justice débarquent et ringardisent complètement le rock et le hip-hop. C’est très stimulant.

Clémence : Il y a aussi Mort Garson, qui a fait Mother Earth’s Plantasia en 1976. C’est un album autour du thème des plantes. Ce nom évoque la musique classique, on peut imaginer un dessin animé à la Fantasia dessus. Il y a un autre album qui m’a marquée, c’est la Messe pour le temps présent  de Pierre Henry pour une chorégraphie de Maurice Béjart. Il y a un des morceaux, « Psyché rock », qui mélange des synthétiseurs et des cloches ! Des associations improbables se sont faites dans les années 1970, c’était une période très riche et libre artistiquement.

Est-ce qu’on retrouve ça aujourd’hui ?

Nicolas : On commence à tourner en rond, notamment dans la musique électronique. En fouillant Soundcloud, on trouve des artistes qui font une musique de niche et ouvrent des portes mais sinon, tout le monde utilise le même matériel, les mêmes logiciels, écoute les mêmes choses. On a accès à tout en permanence mais les gens ont perdu l’envie d’aller farfouiller. En tout cas, c’est l’impression que j’ai quand j’écoute leur musique. C’est dommage.

Clémence : Je me laisse surprendre par des groupes comme La Femme. J’ai bien aimé leurs débuts. Leur chanson « Amour dans le motu » est géniale. Récemment, j’ai découvert Fishbach. Je trouve cette fille très charismatique, elle a une voix de fou. Quand on écoute ça, on a l’impression d’écouter quelque chose qui a déjà été fait mais j’aime la démarche. Pareil pour Les Pirouettes. Je trouve leur musique agréable à écouter et je me laisse prendre au jeu. Ça m’inspire.

Nicolas : Je suis complètement opposée à Clémence là-dessus mais je comprends qu’on puisse aimer ces groupes. Moi je trouve que ce sont entièrement des produits des médias. Les Inrockuptibles sont derrière, ça joue beaucoup.

Ils poussent trop certains artistes ?

Nicolas : Je pense, oui. Tous les gros médias te disent au même moment que tel groupe est génial, fantastique, révolutionnaire. Et quand tu écoutes, ça pue ! Pour moi, l’album de La Femme pue ! C’est mal produit, mal composé, il n’y a pas d’univers. Ce sont les gens autour d’eux, ceux qui font l’univers graphique, qui sont intéressants. Mais je ne comprends pas leur musique. Si on disait que c’est sympa, je pourrais comprendre, mais que ce soit élevé au rang de relève du rock français, on marche sur la tête.

Clémence : Je ne dis pas non plus que ces groupes sont fantastiques mais ils font quelque chose qui me plaît. Avant, j’étais persuadée que les musiques actuelles, c’était l’enfer !

Comment se passe le processus de création ?

Clémence : Souvent, Nico commence une production et me l’envoie. Même si ce n’est que trente secondes, je sais si je vais aimer ou pas. Puis on continue le travail ensemble. Pour les paroles, on marche souvent par question-réponse. Je n’écrivais pas du tout avant Slogan et je n’aurais jamais imaginé le faire, encore moins en français. C’est Nicolas qui m’a poussée à écrire. Du coup, pour moi c’était plus simple qu’on écrive à deux. J’écris un petit bout, il me répond, ensuite je peux rebondir sur sa réponse, etc.

À quoi ressembleront vos concerts ?

Clémence : Je n’avais pas encore mon synthé quand on a enregistré l’EP. Du coup, je dois recréer des sons similaires ou chercher au contraire des sons complètement différents pour le live. Ça permet aussi de revenir sur les compositions, de prendre du recul maintenant qu’on a un peu grandi. Pour le live, on aura sans doute d’autres instruments mais c’est encore flou.

Nicolas : On ne sait pas encore comment on va jouer les morceaux. Il faut que ce soit entre le concert de chanson et le DJ set, que ce soit organique. On veut s’amuser le plus possible.

Quand ferez-vous vos premiers concerts ?

Clémence : En septembre ou octobre.

Comment pourra-t-on se tenir au courant ?

Nicolas : Sur notre page Facebook ou sur le site de notre label, Métro A, qui sera bientôt en ligne.

Qu’est-ce que ce label ?

Nicolas : C’est le label sur lequel il y a SegFault, Culottes Courtes, Texas Menthol, Slogan et tous les projets de ces artistes. Comme personne ne voulait nous signer, on a monté notre label pour faire ce qui nous ressemble. On voulait un label pluriel plutôt qu’un truc qui se branle dans sa propre esthétique.

Slogan : La Beauté du Geste.

D’où vient la sculpture figurant sur la pochette de votre EP ?

Clémence : Je l’ai découverte il y a quelques années en cours d’histoire des arts. J’avais une prof qui était spécialisée dans la sculpture. Elle nous a fait découvrir un sculpteur, Livio Scarpella. Comme Nicolas voulait une statue sur la pochette, j’ai repensé à ce cours et à ce sculpteur trop génial. Il a fait des sculptures qui ont des voiles sculptés dans le marbre. Quand j’ai montré son travail à Nicolas, il a tout de suite adoré. J’ai retrouvé le sculpteur, il a écouté notre musique et il a dit oui. Il nous a donné le contact du photographe, Fabio Cattabiani, qui a dit oui aussi. Ils sont tous les deux Italiens, on ne les a jamais rencontrés mais il sont une part de Slogan, ils font notre identité visuelle. La série de Livio Scarpella s’appellait Ghost underground. C’était sur les fantômes, les souvenirs. Étant donné que nous traînons beaucoup de petits fantômes, je pense que ça nous va bien. Et puis le marbre, c’est élégant, c’est noble. Je crois qu’il y a quelque chose comme ça qui ressort de notre musique. L’élégance, la noblesse, l’éternité !

L’EP « La beauté du geste » sort le 20 mars 2017.

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