Solo per farti sapere che sono viva

Solo per farti sapere che sono viva_Affiche

Festival du Cinéma Italien d’Annecy.

Des champs de mines dans le désert, des disparitions forcées, tortures et cris de souffrance qui se perdent dans la mémoire brûlante du sable et dans le témoignage de ces femmes aux visages burinés… Ceci n’est pas le synopsis d’un reportage sur la situation palestinienne, mais bien l’histoire tragique du peuple sahraoui – communauté d’origine nomade du Sahara Occidental – que S. Ghizzoni et E. Zuccala mettent en lumière dans leur premier long-métrage, Solo Per Farti Sapere Che Sono Viva, présenté hier au Nemours d’Annecy dans la catégorie documentaire.

Il aura fallut plus de huit années de travail à ces deux journalistes militantes pour venir à bout de ce projet documentaire, initialement pensé comme un photoreportage. Mais les images ne peuvent pas tout fixer, elles avaient besoin de son, de musique. Cette mélodie mélancolique que l’on retrouve dans certaines chanson arabes et qui résonne également dans les paroles des douze femmes interrogés, alors que la caméra posée devant elles les intime à égrener leur souvenirs, à conter l’histoire méconnue de ce peuple persécuté depuis plus d’un siècle pour sa faute universelle : sa quête de liberté et d’indépendance. Mêlant images d’archive, photographies prises à la dérobée dans les camps de réfugiés de Laâyoune, fragments de journal intime et confessions de ces femmes sahraouies dans leur maison faîtes de tôles, Solo Per Farti Sapere Che Sono Viva retrace l’histoire frappante d’une quasi épuration entamée par les espagnols durant la colonisation, puis prolongée par le gouvernement du Maroc après son indépendance. À travers le prisme individuel de ces femmes, filles et orphelines dont l’existence est intimement liée aux souffrances passées de leur aînés et à l’indifférence actuelle du reste du monde, ce film documentaire tente de comprendre la situation géopolitique complexe de ce coin reculé du désert, mais surtout de donner une chaire à l’auto-détermination que revendique les sahraouis auprès de leurs voisins arabes intransigeants.

Solo per farti sapere che sono viva

Solo per farti sapere che sono viva

Pour sa diffusion inédite en France, Solo Per Farti Sapere Che Sono Viva s’étend devant nos yeux troubles et nos oreilles encore trop sourdes comme un hymne à l’humain, comme une déclaration d’amour à la femme ; à ces femmes sahraouies dont les souvenirs témoignent d’une réelle indépendance, en contraste avec les stéréotypes sur la condition féminine dans les pays musulmans. La douleur et le poids de l’histoire se lit sur les traits crispés, dans les yeux embués de larmes qui vont au-delà de l’objectif, comme perdus dans une réminiscence depuis trop longtemps restée sans exutoire. Les descriptions des tortures, des sévices qu’ont subis ces femmes coupées parfois pendant plus de dix de tous contacts avec l’extérieur, ne peuvent que nous glacer le sang d’effroi et l’on comprend alors que ce travail, même s’il ne bénéfice pas de la patte artistique de certains maîtres comme Sebastião Salgado, n’en reste pas moins l’expression d’une volonté de transmission, d’un devoir de mémoire : « Quand une personne âgée meure en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle ».

NOTATION

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Killian Salomon

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