Willy Wolf

Une création de la compagnie La Contrebande, vu au Domaine d’O, Montpellier.

Willy Wolf – un nom qui en jette pour ce champion du monde de plongeon autoproclamé, qui sauta en 1925 du haut du pont transbordeur de Nantes et mourut dans la Loire sous les yeux effarés d’une foule curieuse.

Willy Wolf, où le titre éponyme d’un spectacle qui appréhende le risque et interroge la notiond’exploit.

How does it feel to treat me like you do?

Et soudain le show se met en branle, au rythme métallique de Blue Monday[1].

Six silhouettes dans le faisceau ; déhanchés frénétiques.

Tell me now, how should I feel

Now I stand here waiting

Les six acrobates, eux, n’attendent pas pour sortir l’artillerie lourde, faire chauffer le moteur, et larguer le public dans un fleuve de perplexité.

La Contrebande s’approprie le destin de l’acrobate suicidaire. L’ombre de Willy Wolf en filigrane se donne pourtant à voir comme point de départ de cette folie scénique, et non son fil rouge. Un prétexte – l’aveuglement, le vertige du péril : jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour accomplir une prouesse ?

La scène se fait et se défait au gré des bourrasques paillettées. Les tableaux se succèdent, composant un ensemble plus ou moins cohérent ; mais la chute, elle, s’apparente à un motif omniprésent. Fixe, un grand plongeoir perché à une dizaine de mètres surplombe la salle.

Hyper-dynamique, la petite troupe danse, court, se défie au jokari, sert de cible de fléchettes. Esthétique 90’s jusqu’au bout des survêtements fluos, la TV écran cathodique file la mise en abyme d’une société où la pression du nombre est souveraine.

Les références foisonnent et les figures sont nombreuses. Joueuse, La Contrebande bavarde et parfois importune. Les moments de grâce s’accélèrent et se mêlent en un bouquet final qui met en exergue une dysrythmie globale. Le spectacle – devrions-nous dire la performance ? – s’éteint brusquement sur des scènes oniriques et habiles de moto volante et bascules acrobatiques.

Une heure vingt sont passées et l’on ressort le souffle court et indécis. Trop nombreuses et trop peu développées, les pistes en jachères n’auront pourtant pas été vaines puisque les questionnements suspendus continueront de mûrir. Affaire à suivre, donc.

Image à la Une © La Contrebande.


[1] New Order, Power, Corruption & Lies, 1983.

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