Bégaiements pour une étoile filée – Alva Bernardine

Alva Bernardine : « Succubus – A Female Demon », 2015.

Avec Alva Bernardine l’érotisme classique se rompt, vole en éclat. Sans pour autant tomber dans l’idéalisme. Il ne s’agit pas de substituer la réalité à l’« idée » en vue d’un quelconque apaisement platonicien. Et si l’artiste assume que l’idée transforme la réalité, celle-là n’est pas au service de l’idéalité mais d’une métamorphose des données physiques.

Bégaiements pour une étoile filée - Alva Bernardine (2)

Dans de tels montages photographiques, aux positions amoureuses répondent les impostures de l’image. Elles ouvrent la clôture du voyeurisme, cassent les vulgates. Bernardine refuse la production du pareil et du même en créant des vertiges abyssaux parfois traumatisants, parfois simplement drôles. Il s’agit de franchir la frontière des fantasmes, de changer le corps : il a parfois quatre jambes ce qui ne multiplie pas pour autant le plaisir ou la jouissance mais bétonne la solitude.

Seules demeures des possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par de tels montages/démontages. A l’« aveuglement » de l’érotisme main-street et des ses « fixettes » se substitue un arrêt, une mise en instance de « purification » qui rappelle au voyeur qu’il ne fait qu’emmener avec lui ses propres bagages, son propre inconscient.

Bégaiements pour une étoile filée - Alva Bernardine (3)

Alva Bernardine fait donc de ses montages la révolte du féminin qui pour autant se refuse à vivre et se montrer comme un seul cerveau ou un seul corps. La vie reste en l’œuvre fougueuse, intrépide sans opinion préconçue ou entendue. De partout surgit de l’hybride, du « monstre » : le corps féminin devient prodige et prodigue en transformant toute identité en masque et en abyme.

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