Biennale de Berlin – Amalia Ulman

Gucci, un pigeon, un ventre rond et une barre de pole dance.

Célèbre pour avoir utilisé le réseau social Instagram dont la mise en œuvre artistique trouve désormais sa place dans de prestigieux musées ou collections d’art, Amalia Ulman poursuit ses réflexions autour de ces espaces certes dématérialisée, mais non moins démonstratifs et créatifs. Jusqu’au 17 septembre, elle présente l’installation Privileges à la KW Institute et dans le cadre de la 9ème édition de la Biennale de Berlin.

Amalia Ulman extrapole les traits esthétiques des faits et objets de nos sociétés contemporaines, qu’il s’agisse de l’utilisation des réseaux sociaux par des jeunes filles ou it-girls, en passant par des plateformes tels que Airbnb, ou des commerces tels que Starbucks. Partant du principe que tout le monde ment, que les marques utilisent les médias et que leurs utilisateurs eux-même se créent des identités dignes de marques, Amalia Ulman joue elle aussi ce jeu des mensonges et représentations. À partir des réseaux sociaux et d’installations généralement immersives, elle crée et recrée des esthétiques et invente des histoires. Son œuvre résulte ainsi d’un sens pointu de l’observation. Ses matériaux sont ceux des traits esthétiques dissous dans les interactions médiatiques actuelles, qu’elle croise, malaxe, et se réapproprie.

On comprend donc bien la présence d’Amalia Ulman à la Biennale de Berlin, qui propose cette année de percevoir les faits présents d’une société contemporaine bien complexe, presque trop moderniste pour en imaginer le futur. Dans ce contexte, l’artiste se métamorphose en jeune buisness woman enceinte qui se lie d’amitié avec Bob (Bob étant un pigeon).

Au-delà des écrans projetant de courtes vidéos tirées des comptes des réseaux sociaux de l’artiste, issus d’une utilisation performative de ces derniers, elle projette son public à même les coulisses de la fiction par le biais d’une installation : lourds rideaux gris, barre de pole dance et taxidermie mécanisée d’un pigeon contextualisent les vidéos et donnent des indices quant à l’affabulation de ces dernières. Il reste pourtant toujours difficile de déceler le vrai du faux,  la fiction de la réalité.

Photographie © Timo Ohler - Installation view of PRIVILEGE, 2016, courtesy Amalia Ulman, Arcadia Missa, London.

Photographie © Timo Ohler – Installation view of PRIVILEGE, 2016, courtesy Amalia Ulman, Arcadia Missa, London.

C’est le grand jeu des « instagram performance » d’Amalia Ulman. Ceux-ci ont toujours suscité le trouble, notamment au début de sa jeune carrière où son public ne savait pas très bien si son utilisation des réseaux sociaux était toute personnelle ou bien inscrite dans sa pratique artistique. Depuis, plusieurs personnages ont traversé les comptes de ces médias, réfléchis et joués par l’artiste, déroulant une histoire, avec un début et une fin signifiés. Les réseaux sociaux se font en même temps plate-forme et documentation de performances jouées en leur sein, puis reformulés et matérialisées dans des installations qui se font contextes.

Se faisant, Amalia Ulman explore et manifeste les stéréotypes notamment en ce qui concerne ceux qui prévalent dans une société patriarcale, occidentale et capitaliste. Dans la narration qui forme l’oeuvre Privilèges, le bébé attendu par l’artiste/actrice se fait alors signe de la répétition de schémas intégrés au fil des générations. La répétition se fait même double : Amalia Ulman déjoue les schémas préconçus que son prétendu enfantement rejoue.

Photographie à la Une © Timo Ohler – Installation view of PRIVILEGE, 2016, courtesy Amalia Ulman, Arcadia Missa, London.

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