Charles Fréger

Derrière la carapace ou de la cristallisation à la scintillation.

Charles Fréger, « Yokainoshima » à l’Espace Malraux de Chambéry du 15 septembre au 28 octobre 2016.

Pour la troisième saison, Charles Fréger poursuit sa collaboration avec l’Espace Malraux de Chambéry au travers de l’exposition « Yokainoshima ». Des monstres du Japon aux silhouettes perçues comme des divinités, tout n’est (pas que) mascarades. Après avoir été exposé aux Rencontres photographiques d’Arles, Charles Fréger est invité à l’Espace Malraux. Sentir les différences culturelles et ses constantes dans le monde, le questionnement sur le devenir des traditions est interrogé.

Charles Fréger poursuit, depuis la fin du siècle dernier un immense corpus ou inventaire : « Portraits photographiques et uniformes ». Dans les séries qui le composent l’artiste s’intéresse à des groupes de sportifs, militaires, professionnels (apprentis sumos, sages-femmes, légionnaires, miss, marins, ouvriers de chantier naval,  majorettes, joueurs de water-polos, scouts, etc.). Le tout dans une confrontation distancée afin de chercher – par effet de surface mais sous l’apparat – à toucher l’épaisseur de l’être. L’aspect documentaire et ethnographique des prises reste secondaire. La précision des mises en scènes, des cadrages sont au service d’une vérité de l’art. Certes un aspect exotique reste forcément présent eu égard aux « tribus » que l’artiste capte de par le monde. Même près de nous, des groupes semblent parfois étranges dans leurs aspects cérémoniels et chatoyants.

Chaque « modèle » est néanmoins placé devant un fond neutre loin de toute mise en situation « d’actant ». Il demeure face à l’objectif, vêtu de son uniforme mais l’artiste ne tente pas de le statufier. Des bras balancent maladroitement, certains semblent à l’aise, d’autres plus empruntés quel que soit le registre et le niveau de marquage social de chaque « casaque ». Fréger ouvre une subjectivité en cherchant le moment où sous la carapace ou l’armure l’être sort de l’impeccabilité d’apparence. De la sorte il interroge moins le groupe que l’individu. Aucun jugement n’est porté. Sous l’« esthétique documentaire », une esthétique (sans adjectif pour la préciser et la réduire) apparaît comme l’être surgit au-delà de son rôle.

L’amasseur de portraits souligne les gouffres sous le voile et  fait poindre des abîmes derrière les féeries glacées des uniformes. Preuve qu’un « vrai » photographe refuse toujours ce qui pourrait présider à la perte de l’imaginaire. Fréger le travaille pour donner à voir une présence en passant de l’endroit où  tout se laisse voir vers un espace où tout se perd. Il approche une renaissance incisée de nouveaux contours. Sous la cristallisation surgit une scintillation. Il faut donc savoir contempler de telles œuvres comme un appel intense à une traversée afin de dégager non seulement un profil particulier à l’uniforme mais à celui qui se cache ou plastronne derrière.

Photographie à la Une © Charles Fréger.

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