Des- illusions d’espoirs

Il n’est de tourment pour qui ne sème ni ne moissonne…

Je suis tout ce qu’il y a de plus « normal », ce qu’il y a de plus humain, quant à mes désirs, quant à mes impulsions, mes névroses, mais aussi quant aux petits plaisirs qui nourrissent « mon ego ». Je dirais même que, plus qu’aucun autre peut-être, j’ai besoin de la stabilité que confère une vie normée, disciplinée.

En vérité, mes plaisirs réels sont simples. Ils sont à portée de la main. Je n’ai pas besoin de me déporter dans telle ou telle région du monde où la vie serait différente ou meilleure ; je n’ai pas besoin de rejoindre une communauté de marginaux, paumés ou mystiques, ni que soit réalisé autour de moi le village de mes amis, de mon clan, de ma tribu ; je n’ai pas besoin d’accumuler de grosses fortunes ni d’installer des dispositifs monstrueux de transactions sociales, pour y accéder.

Je suis allé ce tantôt découvrir un filon de ma pensée au long du petit ruisseau qui court à moins d’un kilomètre de chez moi, sous les arbres ; un molosse s’est approché, curieux de rencontrer un être là où d’habitude, probablement, il n’y en a pas. Je m’enchante d’un vol d’oiseau – buses, hirondelles, éperviers, et même les escadrilles de pigeons me font rêver ; je m’enchante des premières fleurs et des premiers flocons. Et je ne vais pas plus loin que les enchantements, je n’y attache aucun désir. Je me contente de peu. Et ce peu, c’est l’abondance du vivant.

Vous voyez, mes plaisirs sont simples. Pour un peu ils se confondraient avec les vôtres. Il y en a même de ces moments que nous pourrions partager. Il ne faudra pas faire trop de bruit… la solitude en fait déjà tant… Mais je ne vais pas nous voiler la face : mes plaisirs les plus vrais, mes plaisirs les plus simples – mes bonheurs ! Je l’ai compris maintenant, ne vous sont pas accessibles ; de même, vos plaisirs simples, vos jouissances terrestres, ne me sont pas accessibles.

Il n’y a pas lieu de se scandaliser, mais d’aimer.

Photographie à la Une © Rania Matar, Tamer, 6, Beyrouth, Liban, 2015, Série Invisible Children.

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