Edito n°03

Edito

Je ne suis pas un homme, et je ne serai jamais comme les autres.
Cette chose là, qui me ronge de l’intérieur. Qui me pourrit par le milieu… Je n’étais pas moi-même lorsque je l’ai attrapée. Je ne regrette pas. Je hais, simplement. Je crie à l’injustice, au gâchis et à l’échec. Je ne regrette pas. Je ne peux pas vivre avec ça. J’aurais dû mourir la veille de cette nuit là, pour ne pas avoir à vivre ça. Ne pas avoir à affronter ça…vivre la mort. Je le sais depuis toujours, que je vais mourir. Comme tout le monde. La différence c’est qu’aujourd’hui je veux contrôler. Prendre le contrôle de ce que je ne contrôle plus. Je veux décider de l’heure de ma mort. Je la rejoindrai avant qu’elle ne me rattrape.
Aujourd’hui je suis condamné à lutter contre moi-même pour goûter à chaque seconde de vie jusqu’à ce que je ne puisse plus. Je veux profiter. Mais je ne sais évidemment pas comment. La tentation est forte de se laisser tomber dans la sombre nuit de son corps en attendant que ce moment arrive. Je n’ai plus de mémoire. Ou presque. Je me souviens d’une chose. De ce que j’ai aimé. L’amour de ma vie. Je me souviens. Je me souviens de ces sensations. Je me souviens de nos peaux qui ne faisaient qu’une. Je me souviens de notre première fois, même si ce n’était la première fois ni pour l’un, ni pour l’autre… Ce moment est pourtant resté gravé comme tel. Pourra t-il rester gravé comme tel sans souvenir ? C’était le début d’une nouvelle vie. C’était une renaissance. Il n’a fallu que quelques mois pour que je l’oublie déjà et que je m’en éloigne assez pour passer cette nuit qui a avorté cette vie naissante. Est-ce que je peux continuer à vivre dans le présent, pour un futur avorté, et laisser le passé où il doit rester, dans la mémoire ? Je n’ai qu’une voix. Je n’ai qu’un corps. Je donnerai mon âme pour changer de corps… Je ne vois que des images, celles de la vie quotidienne qui se transforment en perles rares, puisque si rares. Je me rends compte de ce que je suis aujourd’hui… De ce que j’étais… Mais il est maintenant trop tard. Il est trop tard parce que le moment est arrivé, et je suis étonnamment serein. Je suis là et attends. Comme j’attendrais le bus en fumant une cigarette. J’attends… J’attends que la fin de ma vie vienne me cueillir. Je serai alors celui que j’ai toujours voulu être. Je veux être un anonyme. Je veux disparaître. Disparaître. Disparaître et devenir celui que je n’ai jamais pu être. Je veux disparaître et devenir moi… Ou ne jamais revenir.
Je voudrais que la vie que j’ai vécue ne soit qu’illusion. J’espère que la mort que je rejoins ne sera que fantasme. Trop surréaliste pour n’être que fiction. Idéale rêverie. Illusion perdue. Imaginaire atrophié. Peut-être mythique mirage.
Dites moi que ce n’est pas une utopie.

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Antoine Guillot

Directeur de Publication / Auteur / Metteur en scène

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