Entre deux portes ou le crime photographique

Susan Meiselas, The Wapping Project Bankside, Londres, 2015.

Dans chaque prise il existe un crime. Il n’y a donc presque jamais contradiction entre celui-ci et l’esthétique mais connivence, parfois abusive, parfois nécessaire. Susan Meiselas le prouve. Elle fut reconnue pour ses reportages sur la révolution au Nicaragua, les questions relatives aux droits de l’Homme en Amérique Latine et son travail de reconstitution par l’image de l’histoire et de l’identité du peuple Kurde. Aux crimes du monde répond donc son crime photographique. Il est là pour déconstruire l’édifice social et sa stabilité. Susan Meiselas en fait le centre de sa quête au sein d’un système qui n’est pas seulement politique.

Susan Meiselas (3)

Depuis toujours la féminité la fascine pour sa dimension existentielle et pladstique. Susan Meiselas la montre en un traité de philosophie dans le boudoir. Elle pourrait faire sienne la phrase de Sade dans le livre qui porte ce titre : « Aucune action quelque singulière que vous puissiez la supposer est vraiment criminelle ou vertueuse. Les vertus d’un autre hémisphère pourraient bien être des crimes pour nous. » C’est pourquoi la photographe, tout en optant pour une esthétique existentielle, se refuse à une intrusion moraliste en shootant les activités que certaines femmes choisissent pour survivre.

Susan Meiselas (1)

Face aux strip-teaseuses « de foire » (dont elle tira son premier opus « Carnival Strippers ») aux « escort girls » d’aujourd’hui il n’existe aucun désir de manipulation perverse. Rien de plus « naturel » donc que la sophistication, la mise en scène des œuvres qui semblent « volées » là où les deux protagonistes (se) fascinent parfois – peut-être parce que les extrêmes fascinent… Mais se comprend mieux l’art de la prise de vue. L’« épreuve » photographique change de camp. L’activité mimétique de Susan Meiselas capte dans la femme non ce qu’elle est, mais ce qu’elle peut ou veut en donner. Au modèle passif (victime) fait place une femme (« bourreau ») qui dans l’abandon et le retenue s’active en un mouvement autant de retrait que d’exhibition.

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