Johan Barthold Jongkind

PRESCRIPTION CULTURELLE.

Le Musée Faure d’Aix-les-Bains abrite des œuvres de Johan Barthold Jongkind, peintre considéré comme l’un des précurseurs du mouvement impressionniste. L’année 2019 est celle de la commémoration du bicentenaire de la naissance de l’artiste néerlandais.

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Johan Barthold Jongkind, le Musée d’Aix-les-Bains fait un prêt exceptionnel de trois tableaux de la collection Faure. Un premier, une huile sur toile – Clair de lune sur un canal, Hollande daté de 1866 – s’envole pour la National Gallery of Australia située à Canberra à l’occasion de l’exposition « Monet : Impression Sunrise » qui se déroule du 07 juin au 01 septembre 2019. Les deux autres, deux huiles sur panneaux – La rue Saint Jacques, Paris et L’église Saint Séverin, Paris datés de 1878 – partent en direction du Musée Hébert situé à La Tronche en Isère dans le cadre de l’exposition « Johan Barthold Jongkind, ce grand diable de Hollandais » se tenant du 15 juin au 23 septembre 2019.

Le Musée Faure a également donné son accord pour la reproduction sur une plaque commémorative du tableau L’église de Gillonnay près de La Côte-Saint-André qui sera inaugurée au village de Gillonnay par l’association « Dans les pas de Jongkind en Dauphiné ». Il est rarement donné à voir aux visiteurs ce qu’il se cache derrière un tableau et pourtant ce non-visible révèle régulièrement bien des précisions. Au dos de cette huile sur toile datée de 1882, on peut notamment lire ces mots écrits à l’encre noire de la main de l’artiste : « Étude de paysage à La Côte-Saint-André Isère depuis 10 août 1879 jusqu’à avril 1881 ».

L’église de Gillonnay près de La Côte-Saint-André (1882) par Johan Barthold Jongkind (1878) – Legs Jean Faure.

Une sensibilité de son Siècle.

C’est à l’Académie royale des beaux-arts de La Haye, dès l’âge de dix-sept ans, que Johan Barthold Jongkind étudie le dessin, se découvrant déjà une prédilection pour l’aquarelle d’après la nature. Il s’installe à Paris en 1846 et tisse dès lors un lien particulier avec la France ; un lien qu’il conservera jusqu’à sa mort. Dès les années 1850 l’artiste expose dans les grands salons européens de l’époque. En 1862 il rencontre Claude Monet en Normandie, ce dernier a dit de Jongkind : « Il fut à partir de ce moment mon vrai maître, c’est à lui que je dois l’éducation définitive de mon œil ». C’est seulement à l’âge de cinquante et un ans, en 1870, qu’il acquiert une réelle notoriété, lui permettant de travailler avec les marchands d’art les plus en vue du moment. Fait rare du vivant d’un artiste, des faux commencent même à circuler de son vivant. En 1873 il découvre le Dauphiné et en 1878 il s’installe à La Côte-Saint-André pour finir ses jours. Ces dernières années paisibles marquent un tournant dans la vie de l’homme qui n’est alors plus tenu de peindre sur commande et se laisse aller à certains excès. L’abus d’alcool et une sensibilité exacerbée l’accableront d’un délire de persécution, notamment vis-à-vis de Guillaume III, Roi des Pays-Bas, qui lui retira une pension d’état. Il est interné à l’asile d’aliénés de Saint-Égrève où il meurt le 9 février 1891. Il est enterré à La Côte-Saint-André.

Explosion naturelle d’une délicatesse.

Les tableaux La rue Saint Jacques, Paris et L’église Saint Séverin, Paris ont été peints sur le même panneau de bois, coupé en deux pour la réalisation de deux œuvres. Une inscription au dos, écrite de la main de l’artiste précise : « Entrée de la rue Saint Jacques à Paris près le nouveau boulevard de Port Royal D78 ». Pour Jongkind, il était monnaie courante de noter des précisions quant à ses peintures. On note, au regard de ces œuvres, la densité des couleurs, qui tranchent avec l’impressionnisme pastel tel que l’on pourrait a priori le connaitre. Jongkind était un observateur. Sa formation étant en adéquation avec l’œuvre bâtie tout au long de sa vie, il observait la nature et les gens pour travailler à une reproduction à travers un regard d’une vive mélancolie, d’une précision héritière des grands peintres flamands, pourtant bien ancré dans son temps : celui du romantisme, de l’impressionnisme, des frémissements de l’expressionnisme… Pensons que Manet, Degas, Cézanne, Monet, Rodin… naissent lorsque Jongkind a entre quinze et vingt ans, qu’il est alors étudiant et s’inscrit déjà dans son rapport au dessin, à l’outil du pinceau, à la toile, dans la démarche d’une nouvelle génération née au lendemain de la chute de l’Empire Napoléonien et de la création du Royaume uni des Pays-Bas. C’est donc un nouveau monde qui se dessine à cette époque et Johan Barthold Jongkind s’attellera toute sa vie à en exprimer les formes, les couleurs et les contrastes.

Image à la Une © Carnet d’Art. Oeuvre : La rue Saint-Jacques, Paris par Johan Barthold Jongkind (1878) – Legs Jean Faure.

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Kristina D'Agostin

Rédactrice en chef de Carnet d'Art • Journaliste culturelle • Pour m'écrire : contact@carnetdart.com

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